Ce texte écrit en 2008 semble toujours d’actualité en 2021 même si plusieurs propositions de lois sont présentées !

« Rémy Salvat : Une fois encore, une fois de plus…en attendant une fois de trop ?

Le débat sur l’euthanasie en France, telle la marée, est une fois montante : citoyens, presse, élus, tout le monde en parle et s’agite, une fois descendante et les élus l’oublient !

Combien de temps encore, sera-t’il possible à la classe politique française de se comporter ainsi ?

Combien de fois encore seront nécessaires pour les mettre au pied du mur ? Une fois encore, une fois de trop ?

Depuis une dizaine d’années, à chaque sondage d’opinion publique sur le sujet, la majorité des personnes interrogées se prononce en faveur d’une législation relative à l’euthanasie. Pourquoi les députés, les sénateurs élus par ces mêmes citoyens ne prennent-ils pas leurs responsabilités pour travailler sur cette question, afin de présenter un projet ?

Chaque cas est différent, chaque personne est unique, mais soyons réalistes et regardons un voisin très proche : la Belgique. La loi dépénalisant l’euthanasie y est effective depuis 6 ans. Nulle « explosion » du nombre d’euthanasies pratiquées n’y a été constatée. La majorité des Belges qui remplissent des DAE (déclaration anticipée d’euthanasie) n’y auront certainement jamais recours, mais, si nécessaire en cas d’inconscience, ils auront cette possibilité : partir dignement

N’oublions jamais que vous ou moi pourrions un jour – par suite de souffrance physique ou morale trop forte, sans espoir de guérison, la déchéance physique ou intellectuelle s’installant – décider de partir en toute dignité. Cela serait NOTRE droit !

La mort est le dernier acte de notre vie, et nul ne devrait pouvoir décider pour vous, pour moi.

La société politique française doit prendre ses responsabilités

  • Monsieur Claude Evin (ancien ministre PS de la Santé) nous dit que le « suicide reste une liberté individuelle ».


   D’accord, mais sait-il que mourir seul (et dans quelles conditions) est plus difficile pour le malade (sans  oublier l’entourage familial) qu’un départ choisi et accompli sereinement, entouré de ses proches ?

  • Le président Nicolas Sarkozy écrit « je ne veux pas fuir mes responsabilités… » Alors n’est-il pas urgent qu’il les assume ?

  •  Monsieur Jean Leonetti, le député UMP à l’origine de la loi « sur l’accompagnement vers la fin de vie », se retrouve à diriger la commission qui doit évaluer son propre texte. Est-il possible d’être juge et partie ?

Je comprends le combat des hommes et des femmes qui « n’en peuvent plus « et demandent seulement à être entendus et soutenus.

Nathalie Andrews

Août 2008

Libre, courageuse et sereine

 

 

Témoignage

 

Je suis née en août 1935. Je ne fêterai pas cet anniversaire. Par contre, je fêterai le jour de ma mort, le 9 septembre 2020 chez Dignitas en Suisse.

 

Ce jour sera plus important, car la date a déjà été décalée une fois à cause de Covid-19 qui avait fermé les frontières.

 

J´ai 84 ans, je suis neuropédiatre à la retraite. Souvent, j’ai dû porter des messages de souffrance et de mort. J´ai aussi servi de mon mieux pour soulager, réconforter selon le serment d´Hippocrate. Il y avait beaucoup de conversations au sujet de la vie et la mort, des questions existentielles que les enfants et adolescents m´ont posées, ainsi que leurs parents.

 

Maintenant je me trouve dans la pente descendante de la vie. L´âge a fait ses ravages dans ma vision et mon audition mais laisse mon cerveau intact. Je suis atteinte de DMLA atrophique depuis 2006, et durant les 4 dernières années mon audition a baissé. Depuis 3-4 ans je ne peux pas lire, depuis 2 ans je porte un appareil auditif.

 

J´ai perdu ma qualité de vie. Mes centres d’intérêts : lecture, littérature, philosophie, histoire, apprendre ce qui se passe dans le monde sur beaucoup de sujets, je ne peux plus les satisfaire. Mon cerveau est intact mais sa nourriture n´arrive pas. La caméra, qui était mes yeux s’est lentement cassée par la vieillesse. J’ai compensé avec les touches de l’ordinateur et les moyens de la technologie les plus sophistiqués. Contre la perte d’audition, je contre-attaque avec un appareil auditif.

 

Pendant les 10 dernières années j’ai aussi aimé formuler mes pensées, les habiller de mots, et bientôt je ne pourrai plus écrire du tout.

 

La couleur bleue de la douleur.

 

Le soleil. Il fait mal quand il frappe les yeux, mais pas beaucoup. Juste une toute petite douleur, qui se sent à peine. La lumière faible d’un jour couvert fait mal elle aussi, mais un peu moins que la lumière du soleil.

 

La lumière bleue de l’ordinateur procure la même sensation de douleur. Je porte les filtres, le filtre UV et le filtre contre la lumière bleue. Soulagement d’une toute petite douleur.

Pourquoi la lumière doit-elle faire mal ? Même le Siècle des Lumières avait sa douleur.

 

La plus grande douleur se trouve à l’intérieur. Il n’existe pas de protection contre elle. C’est une colère qui fait exploser le crâne jusqu’au point de rupture, mais qui ne donne pas mal à la tête. Elle ne fait que fracasser le cerveau, détruire ses fonctions. Les os du crâne restent intacts.

 

La colère est entrée par les yeux. L’appareil photo qui devait photographier la réalité s’est cassé. Les images sont devenues incompréhensibles. C’est à ce moment que la colère s’est introduite, la colère contre le fait que l’interprétation ne peut avoir lieu. La colère contre le fait que tout est devenu une langue étrangère, une langue totalement inconnue qui ne peut plus trouver une interprétation sensée. En dépit de la présence d’un dictionnaire, mais d’un dictionnaire incomplet.

 

La colère a donné naissance au chagrin. Il n’est pas noir comme la dépression, gris foncé comme la déprime. La couleur du chagrin est bleue avec des nuances, le bleu de la mer dans le bleu du ciel.

 

Le chagrin aussi a sa lumière, qui n’est pas vive, plutôt comme une petite flamme. On peut mettre sa main en coupe autour d’une flamme et sentir sa chaleur. C’est un peu la même chose avec le chagrin, il réchauffe un peu. Réchauffe la colère froide qui fracasse le cerveau. Pour qu’elle puisse pulser encore plus, comme si elle s’amplifiait par la chaleur. Elle devient douleur, celle qui ne se voit pas de l’extérieur. La douleur psychique dont la couleur est bleue.

 

Pourtant elle s’exprime par le bleu, les nuances, les expressions, qui sont la conscience. La conscience de ce qui est la vie, une sorte de joie paisible. Une joie qui embrasse même la mort.

 

Point final.

le 21 mai 2020

Mme E-A-N (*)

(*) Pour respecter sa vie privée , nous n’avons mis que les initiales de son prénom et nom

Le Covid 19 et le décret ministériel du 28 mars sur l’utilisation du Rivotril. 09/04/2020

L’infection au Covid 19 n’aura pas fini de mettre en lumière nos erreurs et nos manques de réflexion en matière sanitaire. Cette politique de l’autruche ne date pas d’aujourd’hui, ni même d’hier, mais d’avant- hier. Trop longtemps nous avons fait confiance aux technocrates et aux idéologues libéraux de la santé. Après le manque de soignants par le blocage du numérus clausus (1971), après la diminution drastique des lits d’hospitalisation au nom d’une vision mercantile (moins 40% de lits en cinquante ans), nous découvrons le manque possible de médicaments du fait de la course au profit maximum des entreprises pharmaceutiques qui ont délocalisé leur production.
Aujourd’hui, nous faisons également mine de découvrir les problèmes posés par la fin de vie. Notre société n’a jamais voulu réellement aborder les insuffisances de la loi française, dite Claeys-Léonetti, qui, pour limiter le recours à la « sédation profonde et continue », impose l’hospitalisation et refuse aux médecins généralistes la possibilité de se procurer en ville les produits nécessaires à cette sédation (En novembre, l’un d’entre eux a été suspendu pour avoir aidé des malades à mourir à leur domicile en utilisant du Midazolam que son épouse hospitalière lui avait procuré). Cette loi n’avait pas prévu non plus l’impossibilité d’hospitaliser des malades âgés par manque de lits d’hospitalisation.
Le décret que vient d’émettre le premier ministre, le 28 mars, autorisant la vente en pharmacie du Rivotril intraveineux, a pour objectif d’éviter aux personnes agonisant en ville et dans les Ehpad de mourir dans les souffrances cruelles de l’asphyxie. Même si ce décret limite dans le temps l’autorisation de l’emploi du Rivotril intraveineux, il est une reconnaissance officielle de l’Aide Médicale à Mourir. Ce que beaucoup réclament depuis des années. Il est temps de reconnaître la valeur éthique et humaine des médecins qui ont le courage d’éviter à leur patient une agonie inutile et douloureuse.

Toutefois, par la précipitation dans lequel il a été élaboré, ce texte ministériel pose trois problèmes de fond :
Tout d’abord où est la collégialité nécessaire à une telle décision ? La loi Clayes-Léonetti n’a rien précisé sur ce point essentiel. Comment la faire vivre quand on exerce seul au fin fond de la Lozère ou de la campagne bretonne ? En Belgique, en Hollande, la loi est claire : l’avis de deux médecins est nécessaire avant d’envisager une Aide Médicale à Mourir.
Ensuite, la limitation du décret dans le temps. Pourquoi ce qui est considéré comme une solution humaine un jour ne le serait pas demain ? Voilà longtemps que la population, dans sa très grande majorité (près de 90%), réclame un changement de la loi qui l’autoriserait à bénéficier d’une mort choisie et sereine. Une demande qui se heurte à la surdité des autorités politiques, religieuses et parfois même médicales.
Enfin, il manque dans ce décret l’élément essentiel : le choix du malade ou l’avis de la personne de confiance. Pourquoi refuse-t-on que les Directives anticipées soient un véritable testament, laissant à chacun la liberté de choisir sa fin de vie ? Pourquoi les législateurs ont-ils limité la validité des Directives anticipées au cadre restrictif d’une loi incomplète.
Une fois éloignée, la pandémie au Covid 19 va-t-elle nous amener à reconsidérer autrement les problèmes de la maladie, de la souffrance, de la fin de vie. Nos hommes politiques vont-ils enfin ouvrir les yeux sur ces erreurs et ces manquements que nous avons été nombreux à dénoncer depuis longtemps ? Va-t- on enfin prendre conscience que ce problème particulièrement aigu du « tri des patients » qui choque tant de gens aujourd’hui, existait chez nous de façon chronique, du fait de la diminution du nombre drastique de lits d’hospitalisation ? Qu’un tri médical totalement inhumain, existe également depuis longtemps entre pays riches et pays pauvres, sans que cela ne brutalise les bonnes consciences ? Sans parler des millions de réfugiés dont beaucoup vont être livrés à une mort certaine. Y aurait-il dans la défense de l’éthique médicale deux poids, deux mesures ?
Espérons que dans six mois, quand la pandémie commencera à se lasser de notre terre, nous n’oublierons pas nos erreurs passées et que nous mettrons fin à une politique hypocrite et mercantile de la santé. Une politique qui va nous coûter cher.

Docteur Denis Labayle, Médecin hospitalier, écrivain
Coprésident du CHOIX, Citoyens pour une mort choisie
La vie devant nous, enquête sur les maisons de retraite, Le Seuil, 1999
Tempête sur l’hôpital, Le Seuil, 2002
Pitié pour les hommes, Stock, 2009

Docteur Bernard Senet, Médecin généraliste,
membre du Collège décisionnel du CHOIX, Citoyens pour une mort choisie.

Martin Winckler, médecin, écrivain
Président du Comité d’honneur du Choix, Citoyens pour une mort choisie
La maladie de Sachs, POL 1998 En souvenir d’André, POL 2012
Les Brutes en blanc, Flammarion 2016

Article publié dans le journal Libération, 9 avril 2020

Texte du décret
3° Il est inséré, après l’article 12-2, un article 12-3 ainsi rédigé :
« Art. 12-3.-I-Par dérogation à l’article R. 5121-82 du code de la santé publique, les spécialités pharmaceutiques à base de paracétamol sous une forme injectable peuvent être dispensées dans le cadre de leur autorisation de mise sur le marché, jusqu’au 15 avril 2020, par les pharmacies à usage intérieur autorisées à délivrer des médicaments au public en application du 1° de l’article L. 5126-6 du même code, sur présentation d’une ordonnance émanant de tout médecin portant la mention “ Prescription dans le cadre du covid-19 ”, pour permettre la prise en charge de la fièvre et de la douleur des patients atteints ou susceptibles d’être atteints par le virus SARS-CoV-2 et dont l’état clinique le justifie.
« Le pharmacien de la pharmacie à usage intérieur appose sur l’ordonnance le timbre de la pharmacie et la date de délivrance ainsi que le nombre d’unités communes de dispensation délivrées et procède à la facturation à l’assurance maladie de la spécialité au prix d’achat de la spécialité par l’établissement de santé.
« Lorsqu’elle est ainsi dispensée, la spécialité est prise en charge sur la base de ce prix par l’assurance maladie avec suppression de la participation de l’assuré prévue à l’article R. 160-8 du code de la sécurité sociale.
« Lorsqu’un établissement d’hébergement pour personnes âgées dépendantes dispose d’une pharmacie à usage intérieur, celle-ci peut se procurer la spécialité auprès de l’établissement pharmaceutique qui en assure l’exploitation ou auprès d’une pharmacie à usage intérieur d’un établissement de santé.
« II.-Par dérogation à l’article L. 5121-12-1 du code de la santé publique, la spécialité pharmaceutique Rivotril ® sous forme
injectable peut faire l’objet d’une dispensation, jusqu’au 15 avril 2020, par les pharmacies d’officine en vue de la prise en charge des patients atteints ou susceptibles d’être atteints par le virus SARS-CoV-2 dont l’état clinique le justifie sur présentation d’une ordonnance médicale portant la mention “ Prescription Hors AMM dans le cadre du covid-19 ”.
« Lorsqu’il prescrit la spécialité pharmaceutique mentionnée au premier alinéa en dehors du cadre de leur autorisation de mise sur le marché, le médecin se conforme aux protocoles exceptionnels et transitoires relatifs, d’une part, à la prise en charge de la dyspnée et, d’autre part, à la prise en charge palliative de la détresse respiratoire, établis par la société française d’accompagnement et de soins palliatifs et mis en ligne sur son site.
« La spécialité mentionnée au premier alinéa est prise en charge par les organismes d’assurance maladie dans les conditions du droit commun avec suppression de la participation de l’assuré prévue au R. 160-8 du code de la sécurité sociale. »

La vie n’est pas toujours facile

Recueil : Libre de penser (2001) de Maxalexis

Libre de penser, de rire et d’aimer,
Profiter des secondes de bonheur,
De paix, de joie et savoir décider,
Sans aucune crainte et sans peur :
Savoir dire non, oser et choisir,
Construire, entreprendre et bâtir.

Il suffit de si peu de chose,
Un peu de courage si j’ose.
La vie n’est pas toujours facile,
Mais il suffit de redresser la tête,
D’affronter certaines adversités,
Avec beaucoup de sincérité.

Suivre son cœur, ses pensées,
Ses choix et ses propres idées.
C’est alors et seulement ainsi,
Que l’on devient acteur de sa vie.

Il faut dans la vie savoir aussi,
Tendre la main à qui en a besoin,
Sans espérer un retour… ni rien,
Juste se dire que c’était bien.

Alors s’installe l’harmonie avec soi-même,
Et ainsi le monde parait presque parfait !

Affaire du midazolam : encore « tétanisé », le Dr Jean Méheut-Ferron, frappé d’interdiction d’exercice, se confie

[Exclusif] LE QUOTIDIEN DU MEDECIN
PAR
LOAN TRANTHIMY –
PUBLIÉ LE 04/03/2020

Crédit photo : DR
Installé à Angerville-la-Martel (Seine-Maritime), le Dr Jean Méheut-Ferron, généraliste de 65 ans, a été mis en examen en novembre 2019 pour administration de substance nuisible ayant entraîné la mort de personnes vulnérables, sans intention de la donner. Cinq personnes âgées suivies à domicile sont décédées après l’utilisation de l’Hypnovel (midazolam), une molécule réservée à l’usage hospitalier. Cette affaire a provoqué un émoi immense dans la profession et le soutien de nombreux confrères.
Frappé d’interdiction d’exercice depuis fin novembre, le médecin pourrait potentiellement reprendre son activité le 6 mars, c’est-à-dire vendredi, si la chambre d’instruction de Rouen – qui examine l’affaire aujourd’hui même – l’y autorise. En attendant le verdict, il se confie au « Quotidien ».
« LE QUOTIDIEN » : Allez-vous finalement reprendre votre activité à compter du vendredi 6 mars ?
Dr JEAN MEHEUT-FERRON : C’est l’incertitude totale, je retiens mon souffle. Le 10 février, j’ai été entendu pendant neuf heures par le juge d’instruction ! Le 20 février, il m’a envoyé un courrier m’autorisant à reprendre mon activité le 6 mars. Mais dans son courrier, il a aussi indiqué que le parquet n’était pas d’accord et le procureur a en effet fait appel le 21 février…
Je dois donc me présenter le 4 mars [ce mercredi] à la chambre d’instruction de Rouen devant trois juges et l’avocat général. Ce dernier devrait demander le maintien de mon interdiction d’exercice avec probablement le même réquisitoire. Leur avis sera rendu jeudi 5 mars.
Comment vivez-vous cette situation compliquée ?
Même si je me suis préparé depuis un moment, je reste tétanisé. Il y a comme une épée de Damoclès au-dessus de ma tête. Je suis dans un flottement : j’ai l’impression qu’ils vont couper un fil et que je vais tomber. Je passe par des étapes invraisemblables. C’est une souffrance totalement inappropriée.
Je suis arrêté depuis déjà trois mois, c’est long. Si je ne dois pas reprendre, c’est très grave car j’ai déjà puisé un mois dans ma trésorerie. Mais ce serait surtout grave pour les patients qui n’ont plus de médecin traitant.
Dans l’hypothèse où je reprends mon exercice, c’est aussi grave car je vais travailler seul, sans l’infirmière salariée et la secrétaire que j’ai dû licencier. Bref, il y a un ensemble de choses qui m’inquiètent. Il faut retrouver les réflexes, retrouver les patients avec probablement des consultations complexes… Pour moi, ce sera un nouveau challenge.
Comment avez-vous vécu le soutien des patients et de la profession ?
J’ai ressenti une immense joie ! Dès ma garde à vue, le soutien rapide des patients m’a tout de suite enlevé un poids. Puis, j’ai été soutenu par des confrères et par les quatre syndicats. J’aime nous voir unis sur un tel sujet.
En tout cas, ma situation a mis la profession au cœur de la question sur la fin de vie à domicile et j’en suis heureux. Par contre, je trouve injuste les critiques de certains confrères contre l’Ordre des médecins dans cette affaire. Il n’y est pour rien, il doit attendre que la justice se prononce. L’Ordre départemental s’est démené pour me trouver un remplaçant et pour m’aider à remplir le dossier d’entraide confraternelle.
Le 10 février, la HAS a publié des recommandations sur l’antalgie des douleurs rebelles et les pratiques sédatives en situations palliatives. Agnès Buzyn, qui était alors ministre de la Santé, a annoncé que le midazolam serait accessible d’ici à 4 mois en ville. Qu’en pensez-vous ?
La Haute Autorité de santé a sorti un texte très intéressant qui présente l’état de l’art sur la sédation et les douleurs rebelles. On sait que le midazolam est le premier médicament conseillé en première intention pour la sédation chez les personnes en fin de vie. Simple d’utilisation, facile à titrer et ne s’accumulant pas, ce produit est excellent pour les sédations légères et proportionnées. À partir de cela, les médecins généralistes pourront-ils prescrire du midazolam à leurs patients en fin de vie à domicile, hors sédations profondes et continues ? La question reste entière.
Jusqu’à présent, pour les sédations légères et proportionnées, il n’a jamais été dit qu’il fallait une démarche collégiale (prévue pour la sédation profonde et continue). Il n’est pas concevable – ne serait-ce que pour des raisons pratiques – de mettre en œuvre cette démarche collégiale en ville. Comment pourrait-on l’instaurer dans un contexte où on manque de médecins libéraux ? Je précise qu’en 30 ans, je n’ai jamais eu à faire à de sédation profonde et continue.
Quels conseils donner à de jeunes médecins confrontés aux demandes de fin de vie à domicile ?
Un jeune médecin, en remplacement par exemple, peut se sentir très vite dépassé. Pour moi, il doit d’abord prendre connaissance des recommandations de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs (SFAP) et celles de la Haute Autorité de santé (HAS). Je lui dirai aussi d’aller chercher des conseils auprès d’un médecin proche qui a de l’expérience, ou encore auprès d’un service de soins palliatifs.
Pour ma part, je pense que j’ai une façon « hypocratique » de m’occuper de mes patients et donc je me suis toujours opposé à un parcours « fléché » de la mort. Je me suis certainement opposé à une certaine médicalisation de la mort.
Propos recueillis par Loan Tranthimy

Docteurs Denis Labayle et Bernard Senet JIM 22.2.20

Fin de vie : la Haute Autorité de Santé, ses oublis, ses ambiguïtés…

Paris, le samedi 22 février 2020 – La mise en examen de deux médecins normands pour administration de substances nuisibles ayant entraîné la mort sans intention de la donner a mis en lumière les difficultés auxquelles se heurtent certains médecins pour accompagner leurs patients en fin de vie et notamment soulager leurs souffrances. Plusieurs syndicats et notamment la Fédération des médecins de France (FMF) ont ainsi dénoncé la complexité des procédures auxquelles doivent s’astreindre les praticiens pour se procurer certains médicaments. Cette alerte a été rapidement entendue par les pouvoirs publics. Dans le cadre d’une réactualisation de ses recommandations sur les bonnes pratiques en matière « d’antalgie des douleurs rebelles et de pratiques sédatives chez l’adulte », la HAS a estimé « nécessaire d’adapter la réglementation de la prescription, de la dispensation, et de la prise en charge par l’Assurance maladie des médicaments concernés (dont le fameux midazolam, ndlr), afin de permettre la mise en œuvre effective à domicile » des pratiques sédatives. Elle réclame aussi l’évolution de la réglementation encadrant ces produits afin qu’ils puissent bénéficier d’une extension d’AMM ou d’une ATU. Dès le lendemain, le ministère de la Santé a pris acte de ces recommandations et a indiqué qu’elles seraient mises en œuvre d’ici quatre mois dans le cadre d’ « un parcours sécurisé prévoyant notamment, pour les situations nécessitant une démarche collégiale, l’obligation pour le prescripteur de passer convention avec une équipe mobile ou un service hospitalier de soins palliatifs afin de garantir la collégialité de la décision ainsi que l’accompagnement et le suivi des patients ». Les syndicats engagés sur ces sujets se sont félicités de cette prise de conscience rapide du pouvoir politique, tout en insistant sur l’importance d’éviter les lourdeurs administratives dans les procédures envisagées. Cependant, certains ont une lecture moins enthousiaste et relèvent d’une part combien cette séquence dénote la frilosité des pouvoirs publics à mettre en œuvre les mesures indispensables pour un accompagnement de qualité de la fin de vie et surtout rappellent que le souhait d’une légalisation de l’euthanasie (qui serait soutenu par une large part de la population selon de nombreuses enquêtes) n’est toujours pas entendu. C’est notamment le message que portent dans nos colonnes les docteurs Denis Labayle et Bernard Senet membres de l’association Le Choix – Pour une mort choisie. Dans cette tribune, les deux praticiens reviennent notamment sur la persistance des limites de la loi et déplorent une importante frilosité politique (signalons que nous ouvrons nos colonnes à ceux qui contesteraient cette approche et notamment aux responsables de la Société française d’accompagnement et de soins palliatifs, ici cités).
Par les Dr Denis Labayle et Bernard Senet,
Co-président et membre du collège décisionnel de l’Association Le Choix Citoyens pour une mort choisie
En pratique, la HAS préconise en première intention le midazolam, ou en cas de difficulté d’approvisionnement, le diazépam ou le clonazépam. En cas d’efficacité insuffisante, la HAS recommande en deuxième intention deux neuroleptiques injectables : la chlorpromazine ou la lévomépromazine. Si la sédation est toujours inadaptée, la HAS propose de discuter d’un transfert en service spécialisé.
Mais consciente que ces questions sont complexes et délicates, la HAS suggère également la mise en place d’un réseau national de centres experts qui devrait assurer une astreinte téléphonique continue pour répondre aux questions des professionnels.Docteur Denis Labayle et Docteur Bernard Senet
Suite à l’affaire des deux médecins, suspendus pour avoir aidé leurs patients à mourir en prescrivant du Midazolam à leur domicile, la Haute Autorité de Santé (HAS) conseille enfin aux pouvoirs publics de permettre aux médecins généralistes de prescrire ce médicament, dans le cadre de la loi sur la « sédation profonde et continue provoquant une altération de la conscience maintenue jusqu’au décès », loi de 2016 dite Claeys-Léonetti.
Ce changement soudain d’attitude de la Haute Autorité de Santé est-il un progrès ? Ou la simple correction d’un oubli ? Ou une nouvelle preuve que les conditions drastiques exigées par la loi actuelle n’ont en réalité qu’un but : réduire à tout prix les indications de la sédation terminale ? Jusqu’à obliger les patients à mourir à l’hôpital…
Evidente humanité
Permettre aux médecins généralistes d’aider médicalement leurs patients à mourir à leur domicile et non en institution relève de la plus évidente humanité. Une évidence pourtant qui n’a pas sauté aux yeux des rédacteurs du texte touffu de la Haute Autorité de Santé. Car il faut s’appliquer à lire ce document, pour saisir à quel point ses multiples restrictions ne visent qu’à en réduire l’application. Un texte rédigé sous l’influence directe de la Société Française d’Accompagnement et de Soins Palliatifs (SFAP) dont on connait les positions conservatrices et rigides en matière de fin de vie. Où les influences religieuses ne sont pas loin.
Frilosité politique
Cette loi, présentée comme un progrès, garde toute une part d’inhumanité. On sait, par exemple, que la suppression de l’hydratation destinée à créer une insuffisance rénale ne fait que prolonger une agonie, inutile pour les malades, douloureuse pour la famille présente. Cette loi reste une atteinte à la liberté de choix.
L’Association Le Choix, Citoyens pour une mort choisie rappelle qu’il est temps que les femmes et les hommes politiques prennent leurs responsabilités sur ce sujet qui concerne tous les citoyens. Sans exception. Eux y compris. Qu’il est temps de répondre au désir de l’immense majorité de la population qui réclame depuis plusieurs dizaines d’années une loi réellement humaine, respectant la liberté de chacun.
Alors pourquoi cette frilosité politique ? Certes une telle loi provoquera, on le sait, quelques manifestations dans la rue, avec la présence de ceux qui s’opposent systématiquement à tout changement sociétal, mais les élus auraient tout à gagner à écouter l’extrême majorité de leurs concitoyens qui réclament un changement de la loi. Une loi plus libre, plus humaine. Alors un peu de courage, mesdames et messieurs les politiques. D’autres pays nous ont précédé depuis longtemps et ne sont pas tombés dans la barbarie annoncée. Alors pourquoi pas nous ?
http://www.mortchoisie.org

 

 

31 décembre 2019…

Ce 31 décembre, j’étais auprès de Geneviève (*). Cette amie avait eu 80 ans quelques jours avant et pendant près de 20 ans, s’était battue comme un bon petit soldat…un cancer en chassant un autre. Des traitements lourds acceptés, certains expérimentaux, entraînant souvent des effets secondaires pénibles.
Cet été, l’oncologue lui avait bien expliqué qu’il n’y avait plus rien à envisager. Il y a un mois, Geneviève avait demandé à bénéficier de soins palliatifs à domicile, tout en ayant prévu, avec son médecin, une euthanasie en milieu hospitalier dès qu’elle n’aurait plus la force de rester chez elle.
Pendant une semaine, elle a été merveilleusement entourée dans ce service. Dès son arrivée, la dose d’anti douleurs a été doublée. Elle était incapable de se redresser seule dans son lit et, après quelques jours, une aide respiratoire était devenue nécessaire.
Une heure avant le moment prévu pour son euthanasie, l’infirmier a installé une perfusion de sérum physiologique sur son PAC (cathéter de voie centrale), vestige des anciennes chimios, pour s’assurer que tout se passerait bien le moment venu. Un peu après 10h, Les deux médecins sont arrivés, son oncologue et le chef du service. Ce dernier, lui a demandé – comme c’est l’usage – si elle n’avait pas changé d’avis. Geneviève, avec un petit sourire, a répondu qu’elle était prête. Le médecin a ajouté à la perfusion une poche contenant le produit létal tout en disant à Geneviève, qu’il tournerait la molette lorsqu’elle le voudrait et qu’elle s’endormirait très vite. A 10h20, elle a fait signe que c’était le moment… Après deux minutes, le médecin a constaté qu’il n’y avait plus de pouls, après quatre minutes, les battements du cœur étaient très faibles… et se sont arrêtés.
Quand je vois la sérénité présente à chacun de ces décès par euthanasie en Belgique, je ne peux m’empêcher de les comparer aux morts de proches en France qui n’ont pas eu le choix et ont souffert.
A chaque fois, je comprends mieux la valeur de cette loi et respecte l’engagement sans faille des médecins qui répondent à ces demandes.

Nathalie Andrews
4.1.2020

(*) prénom d’emprunt

Voici un résumé de la conférence donnée par le Dr Michael Irwin, le 16 avril 2019 au Centre Cornerstone à Brighton and Hove:

Of everything that someone can ever experience, nothing is really more overwhelming than the thought of one’s death.  Most people try to keep this final event out of their minds for as long as possible, but, while we should not have a morbid preoccupation with death, I believe everybody, especially after they have retired, should plan ahead, carefully considering, in the hope that they will have a choice, how they might want to die.  And, equally important, they should be willing to talk about this subject (especially when they are relatively healthy) with their nearest relatives and close friends – after all, it is a collective destiny for all of us who live on this tiny planet, rushing through this vast Universe.

Society gives copious advice on how to bring a baby into this world.  Why do we not provide equal guidance, and perhaps even greater assistance, about how we can safely leave this existence?  While we generally have a very good palliative care system throughout the UK – which can provide one form of « assisted dying » – which will be adequate for many people, there are many other individuals who do not want to live « to the bitter end ».  Surely most thoughtful people would prefer to die relatively comfortably of their final medical conditions rather than die from the often unpleasant side-effects or complications of their final treatments?  From my own knowledge, very few retired doctors – like myself – cling to life against all the odds, undergoing unrealistic treatment.

I do not want my family and best friends remembering me as an increasingly decrepit person, especially if I become more and more dependent on others, even those who love me, for my basic needs.

In 1991, Huib Drion, a former Dutch Supreme Court judge, stated that he thought « many old people would find great reassurance if they could have a means to end their lives in an acceptable manner at a moment that to them appears suitable », and he proposed that those who were 75 years and older should have access to such a suicide pill – and so the « Drion pill » became a popular concept at that time.  This talk will be developing the concept of the possibility of a legalized Old Age Rational Suicide from the age of ninety onwards (however, as it is reckoned that one in three people, in the UK today, will reach their 100th birthday, perhaps this figure will have to be raised later this century?)..

Being born in 1931, and still alive, means that I am now past my sell-by date.  Like everyone else, I did not ask to be born.  Like everyone else, I have no idea why I am presently living on Earth (or should we not call it « Water » as this substance covers about seventy percent of the surface of our planet?).  There is no recovery from being very old.  When one is young, living to a ripe old age would always seem to be a cause for celebration.  But, many very elderly people live in fear of how they will endure it as the extra years will often become more of a curse than a blessing.  It is a harsh reality that, once someone reaches ninety today, their futures will be relatively short.  Dying soon after getting to ninety, still in fair control of my life and faculties, may mean sacrificing a very modest period of simple existence, but at least I will be spared the humiliation of a progressively deteriorating body.

Nowadays, many of us die slowly, with different parts of our bodies breaking down at varying rates.  My father died at ninety, and my mother at ninety-five – so, regarding longevity, I have good genes.  But, both of them, like many other elderly individuals, experienced several years of chronic ill-health before they finally died.  My main medical problems, at present, are increasingly difficulty in walking (due to a lower spine injury sustained in a major car accident in 2007), controlled hypertension (which, even when well treated, predisposes me to a heart attack or a stroke), gout, and a gradual dwindling energy.  Ageing is beginning to diminish me slowly.  In fact, when my death does come, it will take away only part of my original adult self (of course, the « original me » fortunately lives on in the genes existing in my three children and my eight grandchildren – my evolutionary legacy).

During the 1980s, when I was the Medical Director of the United Nations, in New York, I became aware of Living Wills (now, in the UK, known as Advance Decisions), and I have had such a document (regularly revised) for myself since those days.  Thus, if I lose my mental faculties, my relatives will know the degree of medical care that I would want to receive (essentially, none!).

Soon after I retired back to the UK in 1993, I became active in the Voluntary Euthanasia Society, becoming its Chairman in 1996 (until 1999) and again in 2001 (until 2003).  Then, I began campaigning to change the law in this country « to make it legal for a competent adult, who is suffering unbearably from an incurable illness, to receive medical help to die at their own considered and persistent request ».  Unfortunately, soon after the VES was reorganized as Dignity in Dying, in 2005, it was decided to limit its objective to only providing such assistance for those who are « terminally ill » (that is, expected to die within six months).  But, mainly because of strong opposition from religious organizations and, to a lesser extent, from the « medical establishment » and various disability groups, even this limited objective is unlikely to happen soon in the UK.

Fortunately, it is important to realize that competent, suffering British adults, especially when they become ninety, do have access to a doctor-assisted suicide – it just happens to be offshore at present, in Switzerland, where organizations such as Dignitas (in Zurich) and Lifecircle (near Basel) exist.  Some people are naturally concerned about the cost involved in travelling to Switzerland for a doctor-assisted suicide.  In general terms, the total expense (for the travel and hotel costs; the fees to the Swiss doctors and those handling the actual suicide; and the necessary cremation which happens in Switzerland) is about £10,000 – but, it must be remembered that a cremation, in the UK, can cost at least a third of this sum.  Since 2005, I have accompanied five determined individuals to this country to witness them end their lives there (only one was terminally-ill).

Surely the decision to decide, say, from the age of ninety onwards, that enough is enough, and avoiding further suffering, to have a dignified death is the ultimate human right for all very elderly, mentally competent individuals.  They have satisfactorily completed their lives.

Unfortunately, nowadays, death for the very elderly is rarely dignified, especially for those who die in hospitals or care homes where their lives are often depersonalized, shaped by rules and regulations.  Therefore, on December 10, 2009 (a date annually observed globally as Human Rights Day), assisted by Angela Farmer, Nan Maitland, and Liz Nichols, I founded the Society for Old Age Rational Suicide (SOARS).  Our logo was the derelict West Pier in Brighton and Hove, once a place of great excitement and pleasure (like so many elderly people!).

Supporting the rationale for SOARS was an April 29, 2002 statement from the European Court of Human Rights which noted that, « In an era of growing medical sophistication, combined with longer life expectancies, many people are concerned that they should not be forced to linger on in old age or in states of advanced physical or mental decrepitude which conflict with strongly held ideas of self and personal identity ».

(On February 28, 2011, I travelled to Switzerland with Nan Maitland and Liz Nichols.  Nan, in her late eighties, was increasingly suffering from extensive osteoarthritis.  It was amazing to see how someone, determined to die, can be so relaxed.  For example, about twenty minutes before she drank the lethal nembutal solution, Nan asked Liz for a nail file as the edge of one of her fingernails was « rather sharp » (fortunately, Liz had a file).  Then, I sat next to Nan prepared to offer her some sweet chocolate to take, if required, when she had drunk the rather bitter nembutal – but, she did not want this (« it is not too bad » were her final words).

Public opinion, in the UK, generally agrees with the possibility of old age rational suicide.  In July 2010, an ICM Direct national poll, commissioned by SOARS, showed that 67%, of the 1,009 adults surveyed, supported this.  In March 2011, another national ICM Direct poll, of 1,008 individuals, revealed that 66% were in agreement.  And, in March 2013, a further national poll, of 1,002 adults, showed that 70% of those interviewed agreed with the idea of old age rational suicide.

In April 2016, following an extensive consultation among its members, it was decided that there should be a broadening of its objectives, and so SOARS was renamed as My Death My Decision – with its main objective being « To campaign for a change in the law in the UK to allow medical assistance to die to be given to mentally competent adults, with incurable health problems that result in their perceived quality of life falling permanently below the level they are able to accept, providing this is their own persistent request (most of the people who the proposed change in law will apply to will be relatively elderly, feeling that their life is complete) ».

Today, doctor-assisted suicide and/or voluntary euthanasia is legally possible in Belgium, Luxembourg, the Netherlands and Switzerland for the terminally-ill, the severely disabled and the very elderly with medical problems (elsewhere, such as in several US States, only those who are terminally-ill can be helped this way).  Are we so different to the Dutch or the Swiss?  Of course, we are not.  But, unfortunately, I do not see the UK legalizing assisted dying (apart from good palliative care) for the very old for several decades.

For old age rational suicide to become legalized, for those who have reached ninety, it will be essential to have very strict safeguards.  For this option to be possible, these will include:

Two doctors (one being a consultant geriatrician) agreeing that the individual is mentally competent, and has carefully considered all the possible other options

An interview with an independent legal expert, experienced in family matters, to ensure that they are acting on their own free will, and not being pressured by relatives, or others, to seek this medical solution.

A waiting period of at least two months between a written request being made and the necessary medication being provided (which must be taken in the presence of an experienced healthcare professional).

Finally, a report must be provided to a central government office which is signed by all those involved.

Because I have been so impressed from my own very personal experiences, by what is possible today in Switzerland, this is where I will go when I have passed the ninety threshold, and I am burdened with various medical problems – if I have not already died suddenly, or had need to rely upon my Advance Decision, before that age.

I have been a member of Dignitas since November 7, 2003 when I first met Ludwig Minelli, its founder, at his home in Forch, a suburb of Zurich.  In addition, I also joined Lifecircle soon after it was established in early 2012.  When a friend heard that I was now a member of these two Swiss organizations, willing to help foreigners with a doctor-assisted suicide, he joked that I was like a man who wears both braces and a belt to hold up his trousers – a form of double insurance!

In recent years, especially in right-to-die organizations, the expression « A Completed Life » has been developed.  During 2015, following an extensive discussion among several members of MDMD, there was agreement on the following definition of a « Completed Life » – « Elderly, mentally competent individuals may consider that their lives are complete when they have a chronic health problem (or a combination of more than one condition) which is causing them increasingly unbearable, irreversible suffering, with the additional loss of independance, purpose and meaning in their lives, so that they would now prefer to die rather than stay alive, especially as they dread what the future will soon bring ».

The following list identifies the factors that someone should consider when making their own personal decision regarding, whether or not, their life may have reached the stage of being « complete ».  Of course, everybody’s situation is different.  This is not a « tick list », but, hopefully, it does provide some guidance when an individual wants to evaluate their own position.

(a) Elderly – It is difficult to decide how old is « elderly ».  An individual’s health and mental and physical ability can be separate to a specific number of years.  But, in general terms, one is thinking of someone eighty-five to ninety.

(b) Mentally Competent – An individual must be able to properly comprehend the nature of their medical conditions, and the expected progress of these.

(c) Loss of Energy – As one ages, it often becomes increasingly difficult to overcome a tendency to want to be physically less active.

(d) Chronic Health Problems – These can be mental as well as physical

(e) Increasingly Unbearable, Irreversible Suffering – Naturally, this is for an individual to determine as it is a very personal matter, and can be both physical as well as mental.

(f) Loss of Independence – This is a very variable factor, with some people not wanting to be « looked after » by others on anything other than a temporary basis (when perhaps they are recovering from a treatable illness).

(g) Loss of Purpose and Meaning – This is also a very personal matter and, of course, changes as someone ages with different responsibilities (a job, being a parent, and then a grandparent, etc).  When chronic health problems result in activities, which previously kept an individual busy and enjoying life, being no longer possible, and other pleasures cannot be found, then it is natural to feel something very important has been lost.

(h) Dreading what the Future will bring – Deteriorating gradually can be a very unpleasant and undignified experience (and, when someone’s partner dies, there can be an increased feeling of isolation).

This concept of a « Completed Life » can be useful when someone is elderly and wants to discuss their own end-of-life plans (ranging from the completion of an Advance Decision to considering a possible doctor-assisted suicide in Switzerland) with their family and close friends.

Réaction contre la plainte de la Commission de Bioéthique de la Conférence des Évêques Suisses CES

A hurler !

On peut décrire les pires crimes dans les moindres détails, on peut étaler des histoires et des images détaillées de sexe sans retenue, chaque soir à la TV, on nous sert du « sexe and crime » durant des heures à vomir, on ne punit pas les producteurs de films pornographiques et pire, de la pornographie avec des enfants, tout juste ceux qui les distribuent, sans jamais faire le rapport entre ces images et l’incitation à commettre ces crimes dans la réalité. Et on n’a encore jamais lu une seule phrase de protestation des églises, toutes religions confondues, et surtout pas des Catholiques, contre ces horreurs !!! Une disproportion éhontée.

Mais les mêmes représentants de l’Eglise Catholique osent parler de « banalisation et incitation au suicide assisté », du « risque d’imitation », d’utiliser le terme d’ « euthanasie active » contre toute vérité. Ils prétendent que l’avis d’une personne saine d’esprit, capable de discernement et suffisamment âgée pour savoir de quoi elle parle, qui explique calmement ses raisons de raccourcir sa fin de vie pour des raisons qui lui sont propres, sans mettre en danger quiconque, ne compte moins que le leur. Nous ne sommes plus, aujourd’hui, des sujets des églises ! Il est scandaleux que la Conférence des Évêques Suisses, CES, ose prétendre que ces quelques lignes sérieuses dans un journal sérieux, sans images, que ce texte devrait être supprimé et le journal blâmé, en invoquant la déontologie journalistique.

Luttant activement depuis plus de 30 ans pour le droit à l’autodétermination de toute personne capable de discernement et consciente de sa responsabilité, mais souffrant d’une maladie inguérissable et/ou de poli-pathologies de plus en plus lourdes, correctement informé de son état et des options de traitement, j’exige, nous exigeons de décider seule de la fin de notre vie avec des méthodes qui ne mettent en danger personne d’autre. Je proteste de toutes mes forces contre cette inégalité de traitement de la part des Eglises et de certains politiciens. Heureusement que le Conseil de la Presse a remis les pendules à l’heure.

Elke Baezner

 

 

 

 

La double vie d’Hector

Mon grand-père Jules Lebon tenait la boucherie familiale, mais il vieillissait, les journées lui semblaient plus longues, les carcasses de viande plus lourdes à porter. Il avait deux fils, Hector, surnommé le Parisien, grand et solide, monté avant-guerre à la capitale pour travailler aux Halles (les vraies, celles que vous n’avez peut-être pas connues) et mon père Jean. Depuis douze ans, Jean était marié à Josette, elle avait repris le commerce de fruits et légumes de ses parents. Ce commerce « Les beaux primeurs » était situé juste en face de la boucherie « Lebon & fils depuis 1840 ». Agé de dix ans, j’étais leur seul enfant et je m’ennuyais les jours sans école planté entre les scaroles et les pommes reinette.

Souvent, je traversais la rue du Belvédère (mes parents côté pair, la boucherie côté impair) pour me réfugier chez mes grands-parents. J’étais fasciné par l’atmosphère qui se dégageait de ces têtes inertes de veau et de bœuf, du carrelage blanc, au sol comme sur les murs, de ces crochets auxquels pendaient parfois un lapin ou un poulet. Je venais aussi pour les gâteaux que Mamie Simonne préparait dans l’arrière-boutique. Autant Mamie était bavarde et savait obtenir les petits secrets des clients, autant ma mère était aussi froide que ses fruits et légumes étaient beaux !

Hector finit par revenir à B… la petite ville du sud-ouest où nous habitions, pour seconder Papi Jules et en vue de reprendre l’affaire qui n’intéressait pas mon père. En parlant de lui, j’ai oublié de vous dire mon père était végétarien, alors la bidoche vous pensez…

Un jeudi après-midi, alors que je goûtais les cannelés juste sortis du four, Papi s’écroula dans la boutique, Mamie me demanda de courir chez Hector pour qu’il vienne pendant qu’elle appelait le docteur Forestier et prévenait les « verdures » comme elle appelait mes parents. En un éclair, je fus 26, rue du Département et montais au troisième étage où mon oncle vivait. C’est un ours, disaient mes parents, il n’invite personne, à croire qu’il a des secrets le Parisien … Je tapais fort à sa porte car j’entendais de la musique dans l’appartement. La porte finit par s’ouvrir, la bouche ouverte déjà prêt à hurler « Viens vite oncle Hector, le Papi est tombé tout raide », la vision qui apparut me coupa le sifflet…

Une femme très grande, aux épaules carrées qui débordaient de son décolleté de danseuse espagnole, fardée comme je voyais au cinéma et tenant encore des castagnettes luisantes dans les mains. C’était Hector ! « Ne dis rien à ton père et à mamie, ne dis rien, je t’en supplie mon petit «. Il alla dans sa chambre se changer, quand nous arrivâmes à la boucherie, Papi était mort, tout le monde pleurait.

Cela s’est passé il y a 35 ans, Hector, appelée Pepita dans certains cabarets parisiens, n’a plus de double vie, il vient de mourir. A son enterrement, j’ai fait jouer le concerto d’Aranjuez. Il repose dans sa plus belle robe et tient entre ses mains ses castagnettes d’ébène.

Le rabbin

Pendant de longues années, David Rov avait été le rabbin de ma ville. Sa barbe devenue blanche, sa silhouette s’était courbée, mais il était resté aussi affable. Le rabbin et sa femme habitaient la maison en face de la mienne, il arrivait que je les croise, lui toujours quelques pas devant elle, elle toujours vêtue d’une jupe grise qui lui battait les mollets et d’une veste marine croisée. Les jours de grand vent, Adina Rov tenait d’une main ferme sa perruque, immuablement brune depuis trente ans. C’était une femme effacée, bien que de forte corpulence, peu souriante et qui ne parlait chez les commerçants que pour demander ses légumes ou sa viande.

David Rov était un sage. Parfois, les gens du quartier lui demandaient conseil le trouvant plus à l’écoute que le jeune curé qui pianotait plus souvent sur son iPhone qu’il n’accordait d’attention à ses rares paroissiens, tout en revenant moins cher que d’aller consulter Me Berbauchamp le notaire.

Au fil du temps, les six enfants du rabbin étaient partis, comme l’on dit…vivre leur vie et David et Adina étaient restés seuls. Le rabbin et sa femme étaient loin d’être riches et leur propriétaire leur permettait de rester là jusqu’au décès de David.

Depuis un an, seule sa femme sortait et lorsque on lui demandait « et votre mari comment va-t-il ? », « pas très bien, mon époux ne peut quasi plus marcher, mais il prie beaucoup, il sera content de savoir que vous prenez de ses nouvelles »

J’ai oublié de vous dire que je suis dessinateur , j’illustre des livres pour enfants et travaille chez moi.
Chaque matin, je m’installe à ma table, pleine de crayons, gommes, pinceaux et  petits pots, devant la grande fenêtre orientée à l’est et je vois le rabbin dans son fauteuil qui se balance d’avant en arrière. Il prie et ce mouvement régulier me fait penser à un métronome, il faut dire que je ne suis pas croyant, dans une de mes planches, il m’a inspiré un petit cheval à bascule avec un grand chapeau noir ! Depuis quatre mois, son visage ridé, où nichent deux yeux malins, ne se tourne plus vers moi pour me saluer. Je ne le vois plus que de profil se balançant du matin au soir.

Curieux de nature, j’ai fini par sonner à leur porte pour prendre des nouvelles. J’ai sonné, puis tambouriné longtemps. Madame Rov a fini par entrouvrir, l’air contrarié « Que voulez-vous ? » « Bonjour, simplement parler un peu avec votre mari, comme il ne sort plus, j’ai pensé qu’une visite lui ferait plaisir ». Je la voyais réfléchir, déglutir nerveusement, ses doigts crispés sur son tablier, cherchant la réponse qui lui permettrait de refermer la porte sans paraître impolie. De l’étage du dessus, venait un petit bruit régulier qui me rappelait le ronronnement rassurant de la machine à coudre chez Mamie Yvonne.
Ce bruit fut un voyage dans le temps. Quand enfant, je buvais un lait chaud accompagné d’une bonne tranche de pain dégoulinante de confiture maison. Comme un gamin, je m’élançais dans l’escalier, espérais-je voir Mamie Yvonne penchée sur sa machine, la bouche pleine d’épingles ?

Madame Rov hurla, commença à monter l’escalier en soufflant. J’ouvris la porte, « Bonjour …. » le reste de la phrase me resta dans la gorge. Le gentil rabbin devait être mort depuis longtemps et sa femme avait mis une courroie qui reliait une vieille Singer à son fauteuil à bascule. Son visage était parcheminé et ses yeux ne seraient plus jamais malins ! Madame Rov venait de perdre son toit… j’avais oublié de vous dire que j’étais le fils du propriétaire !

Une autre vie ..

Depuis notre rencontre, le temps s’écoulait différemment. Il n’avait plus ce goût fade de pain industriel que j’avais connu pendant mes trente années de mariage, où chaque jour succédait au précédent, comme le tic-tac d’une horloge, comme celle de la Gare de Lille-Europe, gare des courants d’air, où j’attends le TGV de 9h43.

Mon mari est mort l’an dernier. Une semaine avant notre anniversaire de mariage, heureusement sinon je n’aurais pas échappé au repas « amélioré » chez Flunch. Tu vois, Huguette, ça ne coûte pas trop cher et ça t’évite de faire la popote et moi la vaisselle, à qui on dit merci ? Lucien n’était certes pas un mauvais bougre, mais quel bavard, il avait une opinion sur tout, mais jamais de solution. Des fois, j’avais envie de gueuler pour qu’il se taise une bonne fois pour toutes, mais je n’osais pas, c’était lui qui ramenait l’argent à la maison depuis trente ans. On ne partait pas en vacances, ça coûte cher disait-il, j’économise pour nos vieux jours. Les pièces n’avaient jamais été repeintes, le jaune pâle d’origine s’était transformé en jaune pisseux, c’est pas grave Huguette. Eh bien, ses vieux jours Lucien est parti avant, devant moi, un matin, il est devenu tout rouge, s’est étranglé avant de s’écrouler dans son bol d’Ovomaltine… Mort sur le coup, m’ont dit les pompiers, il n’a pas souffert madame ne pleurez pas.

Ce matin encore, je pense à lui, je n’ai jamais pleuré, j’ai même rigolé quand j’ai vu le pactole qu’il laissait. J’allais les rattraper les jours gris, l’appartement jamais repeint, les vacances jamais prises.
Pour commencer, j’ai mis l’appartement en vente, trop triste, trop grand. L’agent immobilier a bien travaillé, hop vendu en deux mois. Il m’a ensuite suggéré de m’installer au soleil, plutôt que de rester à Warancourt qu’il allait quitter aussi pour retourner en Catalogne. Son accent me caressait, ses yeux je m’y noyais. Ma décision fut vite prise et fis une liste : changer ma coupe de cheveux, virer mes vieilles robes, et surtout me laisser aimer par Guillem. Après tout, je n’avais que 50 ans, l’amour, la mode et le dépaysement me tendaient les bras !

Guillem nous a trouvé une jolie maisonnette, pas loin de Barcelone, il m’a montré les photos, des fleurs plein le jardin. Enfin, c’est l’heure, lui et moi partons pour Roissy, après ça sera l’Espagne,9h43 le train de la vie !

8h19 ..

 

Levé aux aurores, après un rapide passage sous la douche, mis mon costume gris anthracite (ma mère dit qu’il met en valeur mon teint mat), choisi entre mes trois cravates, il est temps de partir pour la gare. 8h19, depuis hier, ces trois chiffres trottent dans ma tête, 8-1-9, sûrement le tiercé gagnant de ma vie ? Le quai du métro est bondé, normal à cette heure matinale entre les gens propres à l’air endormi qui partent bosser et ceux à la mine aussi froissée que leurs vêtements qui rentrent se coucher. Je râle sur ceux trop lents à descendre, zut, nous on part travailler un peu de respect quand même !

Me voici à Châtelet, je cavale dans les couloirs pour attraper ma correspondance. La ligne 14 me conduit à la Gare de Lyon…Ouf, me voici dans le grand hall à scruter le tableau des départs. 8h19 destination Saint-Etienne, le quai n’est pas encore annoncé, j’ai le temps d’avaler un café et un croissant. Quel brouhaha entre le bruit des trains, les annonces qui gueulent mais ne sont jamais comprises vu leur ton nasillard, le bruit des pas, des valises qui traînent, des parents qui gueulent sur leur progéniture « allez Jules dépêche-toi, Mamie t’attend dans le wagon et ne pleure pas dans deux semaines, tu reviens à la maison ». Deux poules caquettent à la table voisine sur leur chef de service qui file aux toilettes toutes les 10’, prostate oblige gloussent elles… Et moi, je me concentre sur mon entretien d’embauche ? Car le CEEC (Centre d’Esthétique et d’Evaluation Capillaire), c’est une grosse boite, y devenir animateur commercial pour la région Aquitaine, avec l’espoir d’un CDI, ça me rendrait la vie plus confortable et les frais de déplacement je pourrais toujours les arrondir en faisant mes yeux de chien battu à la serveuse ou à l’hôtelier « la vie est si dure pour un commercial, si vous saviez ».
Confiant, je me dirige vers le quai 13 (chiffre du malheur m’a dit un jour une voyante, quelle sottise) et monte dans mon wagon. A peine assis, un bruit déchire mes oreilles, de la ferraille tombe de partout, du sang gicle, puis un calme terrible… les autres voyageurs et moi venons de mourir. Oui, vous savez l’attentat qui s’est produit ce matin à la Gare de Lyon, pour moi tout s’est arrêté pile à 8h19 !

Pois et Blanche main …

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Bientôt dans le train, direction la Corrèze pour une quinzaine tranquille, loin du boulot, des jérémiades de mes parents, bref loin de tout ça !!

Je sortais du Vieux Campeur, portant une doudoune jaune citron (de quoi filer la jaunisse aux chasseurs locaux) et des grosses chaussures de marche direction la gare d’Austerlitz…quand retentit une voix grave qui appelait « Hélène, hou hou ». Celle de Pierre-Yves Gustin, surnommé « Pois ». En me retournant, je le vis un peu essoufflé mais souriant comme dans mon souvenir.

« Hélène, mais quelle surprise, ça fait combien d’années ? »

« Heu…30 ans, depuis notre terminale, quand mon père a été muté à Paris, et toi qu’es-tu devenu ? »

« Moi, j’ai repris les conserves Gustin, les carottes, petits pois & C°, à défaut de l’épanouir ça nourrit son homme. Et toi, Blanche main, pédiatre comme prévu ? »

« Non, Pois, avec ma main artificielle, il m’a gentiment été dit que je ferai peur aux enfants, alors je suis gériatre. Les vieux ont la vue basse ou comprennent mieux les blessures des autres ! »

« Dur, dur, quelle saleté cet accident avec le hachoir de ton grand-père charcutier »

« Elles »

 

Back Street ça n’est pas seulement un livre et un film, c’est surtout l’histoire de beaucoup de femmes au fil des siècles. Celle qui aime et vit dans l’ombre de l’autre. C’est aussi son histoire !

Mariée à un homme charmant et grand enfant, Christine avait mené pendant plus de vingt ans une vie de couple libre et sans problèmes majeurs. Depuis quelques années, une question la taraudait « Pourquoi suis-je encore ici ? » Au fil du temps, ses sentiments pour son mari Paul s’étaient effilochés et elle ne restait que par crainte que leur fils adolescent ne souffre de cette séparation et peut-être aussi parce qu’aucun sentiment amoureux n’existait dans ses diverses aventures extra-conjugales. Rien, en tout cas, qui puisse justifier son envie d’ailleurs, d’autant plus qu’avec Paul ils parlaient librement de leurs coups de canif …même si lui semblait en ressentir une légère culpabilité qui s’envolait très vite.

Son couple et celui formé par leurs amis Julien et sa femme Eliane gravitaient dans un cercle commun de relations remontant à leur jeunesse. Ils avaient deux enfants un peu plus jeunes que le fils de Christine.
Dans leur entourage, l’aspect bancal du couple de Julien était bien connu. Depuis de longues années celui-ci ne semblait tenir que par les menaces que la femme prononçait lors de ses crises de jalousie, et le mari faisait preuve d’un certain sens du devoir, allié à une bonne dose de lâcheté masculine. Bref, rien de neuf sous le soleil marital !

Christine et Julien avaient toujours eu des rapports amicaux. Par contre, depuis longtemps, elle ne pouvait le rencontrer sans ressentir un petit frisson bien agréable dans tout le corps.

La première alerte s’était produite quinze ans plus tôt. Il venait assez régulièrement dans la région piloter un petit avion de tourisme. Pourquoi ce matin-là fit-il un crochet, un peu de temps à perdre, une pulsion soudaine ou Julien ressentait-il aussi ce fameux « petit frisson » quand il la voyait ?

Le voir à sa porte, avec son regard bleu pétillant et ce petit sourire en coin qui était sa signature, fut une énorme surprise qu’elle essaya de cacher par une phrase bateau du type « Tiens, que fais-tu ici ? ».  Il lui répondit aussi platement « Je passais par-là et j’ai pensé que tu m’offrirais un café ». Bref, ils semblaient aussi peu à l’aise l’un que l’autre et discutèrent un moment, côte-à-côte sur le canapé. Plus les minutes passaient, plus Christine comprenait qu’elle souhaitait depuis longtemps être avec lui. Prête à se blottir contre lui, tant elle était certaine qu’il partageait son envie.

Elle attendait que Julien l’embrasse …malheureusement un coup de sonnette rompit son rêve.
Aussitôt, ils se levèrent et se quittèrent sur un banal « A bientôt, bonne journée ».  Quelques années plus tard, ils évoquèrent en riant cette matinée. Lui disant qu’il avait maudit la voisine qui avait sonné et attendu que Christine le contacte. Rien ne venant, il avait pensé s’être trompé sur ses intentions, elle n’avait jamais appelé craignant de passer pour une idiote. Les non-dits ont la vie dure et le quotidien de chacun avait donc continué : travail, enfants, elle indifférente à son conjoint toujours souriant et lui subissant ou acceptant (allez savoir avec les années et l’habitude) l’agressivité de sa femme. Le tout entrecoupé pour l’un et l’autre par de petites aventures, cerises sur le gâteau du mariage. Bref, la vie de beaucoup de gens mariés, ni pire, ni meilleure que des milliers d’autres.

Julien, à la quarantaine avait eu une aventure un peu plus consistante que les autres et il en avait parlé à Eliane, évoquant un possible départ. Ainsi fut dit, mais pas fait, car elle sortit bec et ongles pour défendre son couple et surtout menacer de se tuer, parlant même d’entraîner les enfants dans son suicide. Julien avait évoqué des scènes pénibles à ses rares amis. Peu soutenu par ses parents (mais le sommes-nous jamais quand nous vivons une situation qu’ils ont peut être connue un jour et jamais surmontée), dont le seul conseil fut « Profite à l’extérieur, mais ne lui parle plus de rien et reste avec elle », ce qu’il fit…
Ce fut la première vraie bataille gagnée par sa femme. La conquête de l’époque voulait bien passer des moments agréables avec lui, mais pas perdre son temps à l’attendre, ni subir les appels injurieux de madame, la relation cessa. Dans la famille, cet épisode fut pudiquement baptisé dépression de la quarantaine.

Pour Christine, les années passaient aussi, elle avait un job agréable  comme styliste, qui l’amenait à de fréquents déplacements. Son couple tenait, sans aucune scène mais le sentiment de vacuité était de plus en plus présent ! Au moment de leur séparation, son mari lui dira qu’il ne s’était rendu compte de rien et qu’il avait vécu sur un nuage pendant toutes ces années. Leur fils, lui, regrettera que sa mère n’ait pas pris de décision plus tôt, il lui avouera même que depuis longtemps il avait la sensation de prendre ses repas avec deux étrangers bien polis, situation qui motivait ses fréquents séjours chez les copains.
Elle qui pensait le protéger pendant cette période, l’avait donc fait souffrir. Quel gâchis.

 

Vint enfin la soirée où leurs mains se touchèrent sous la table, leurs genoux se rejoignirent… Pour Christine, ce fut une sensation très forte. Le lendemain, il partait aux USA mais il l’appela pour dire qu’il voulait la voir en rentrant. Dès son retour, leur liaison commença, une vraie passion, un déchainement, elle et lui se sentaient comme des gamins et ils retardaient encore et encore le moment de se quitter. Leurs corps s’épousaient parfaitement et leurs peaux semblaient  se reconnaître.
Des années plus tard, elle verrait encore nettement le décor de chaque chambre d’hôtel à Paris, en province ou à l’étranger, elle se souviendrait encore de la quasi douleur ressentie quand elle attendait Julien, tant son désir était fort. Elle était même capable de se répéter ce que l’un et l’autre avait dit. Chaque séparation était une petite mort.

Paul ne comprenait pas pourquoi  sa femme partait de plus en plus souvent  en déplacement , malgré ses vagues explications disant que son employeur voulait développer la clientèle étrangère et qu’elle n’avait jamais fait d’histoires quand lui partait en voyage d’affaires !

 

Elle ne se voyait plus partager le même lit, la même chambre que Paul et n’avait qu’une envie partir, enfin, partir ! Son mari refusa le divorce pendant plus de deux ans, mais il finit par céder…une secrétaire de sa société l’ayant convaincu qu’il y avait une vie agréable après le divorce, surtout si c’était avec elle…

Elle prit un appartement où Julien venait la retrouver dès qu’il avait un moment de libre. Le divorce ? Oui, oui, bien sûr il allait en parler à Eliane, mais il attendait que ses enfants soient plus grands, plus autonomes. Christine, elle ne demandait surtout pas à se remarier, cette vie libre lui convenait, mais elle désirait profiter pleinement de cette passion émaillée de soirées tendres, d’échanges complices sur internet et parfois d’escapades à deux, loin de tous les autres, sans avoir à se cacher ou à attendre inutilement qu’il la rejoigne chez elle ou au restaurant, comme cela se produisait parfois… sous prétexte qu’il n’avait pas trouvé d’excuse valable à donner à sa femme, sinon c’était la bagarre à son retour.

Bien évidemment des périodes telles que les fins de semaine et les fêtes étaient réservées à la famille de Julien. Il essayait de l’appeler assez souvent pour lui dire combien elle lui manquait et comme c’était pénible d’être avec Eliane. Bref, plus le temps passait et plus Christine se lassait de son rôle de Back Street . Ce rôle de femme cachée qu’elle ne se voyait pas assumer encore des années, malgré ses sentiments pour lui.

 

Enfin, le clash arriva, Eliane lors d’une scène avec Julien plus violente que les autres, s’entendit dire que oui il aimait Christine et n’avait qu’une envie c’était de vivre avec elle… Les hommes parlent peu ou parlent trop, souvent sans mesurer la portée de leurs paroles. Enfin, c’est ce que Julien expliqua à Christine. Eliane trouva l’adresse de Christine. Elle établit un plan pour rencontrer sa rivale et régler la situation. Elle lui écrivit demandant à la rencontrer, sous prétexte de mettre les choses à plat, sans prévenir son mari, ajoutant dans sa lettre qu’elle aussi se fatiguait de ce mariage qui n’existait plus. Quand Christine lut la lettre confortablement installée dans son vieux Chesterfield craquelé par les années, les mots lui semblèrent assez apaisés, était-ce dû au talent de Glenn Gould jouant les Variations Goldberg, ou au fond de whisky qu’elle sirotait, mystère ? En tout cas, elle décida de répondre favorablement à la proposition d’Eliane et jeta la lettre. Un rendez-vous fut fixé pour le mardi suivant (Julien serait en voyage en Allemagne) dans son pigeonnier du 18e arrondissement où par temps de pluie les toits de zinc ressemblaient à un fleuve argenté et ou les jours clairs, le soleil entrait par volutes et caressait ses étagères pleines de livres. Son vieux chat Misty ronronnait d’aise en regardant les oiseaux passer.

 

Quand Eliane sonna à sa porte, Christine sentit qu’elle avait fait une monstrueuse erreur en acceptant ce rendez-vous, mais c’était fait, alors autant affronter l’ennemie avec le sourire. Le sourire, cette dernière l’avait fixé sur son visage d’habitude revêche auréolé de son carré aux cheveux gris, vêtue d’un tailleur élégant. Face à elle, Christine, coiffée à la Jean Seberg, avec son jean et un pull en cachemire fuchsia paraissait plus jeune et désarmée. Un observateur aurait parlé d’une grande sœur bien comme il faut venue mettre au pas la benjamine un peu fofolle.

 

Très calmement, Eliane expliqua qu’elle refusait absolument de divorcer car Julien était « sa carte de visite », bref, sans lui plus de statut social, mais qu’elles pourraient envisager une sorte de « garde alternée » afin que son mari soit présent pour les évènements importants où la famille et les amis se rencontraient, les fêtes de fin d’année, etc… Plus elle parlait, plus son débit s’accélérait et sa voix montait dans les aigus. Christine, en l’écoutant, réalisait qu’au mieux rien n’allait changer et qu’au pire Julien romprait, car Eliane venait de dire qu’elle expliquerait à son mari que c’était sa maîtresse qui avait demandé, même plus exigé, cette rencontre. Elle regrettait déjà d’avoir jeté la lettre d’Eliane !
Sa tête tournait, sa gorge était sèche, Christine aurait voulu mettre l’autre à la porte mais elle restait là telle une statue, quand brusquement Eliane se mit à hurler la traitant de putain, de mauvaise mère, de vicieuse car coucher avec un homme marié c’était malsain, sûr qu’elle finirait dans un asile…. Elle se leva, se rua sur Eliane pour ne plus entendre ces mots qui salissaient tout, quand elle lui mit la main sur la bouche, elle vit le regard fou de celle-ci, elle recula tellement elle avait peur, Eliane attrapa un vase de Murano, dont le bleu rappelait les yeux de Julien, et en frappa violemment la tête de Christine qui tomba sur le tapis multicolore de chez IKEA, le sang commença à couler en y formant des lacs sombres. Misty, caché sous le fauteuil, poussait de petits gémissements.

Eliane se calma, prit le temps de se recoiffer et rentra chez elle. Son mari l’attendait déjà, le champagne rosé était sur la table, près d’ un écrin contenant un superbe bracelet de perles de Tahiti.
Oui, c’était leur anniversaire de mariage ! Julien demanda si tout s’était bien passé chez « l’autre » ? Oui, l’autre ne les dérangerait plus, l’anniversaire pouvait être fêté en toute tranquillité …

« Nous, médecins, réclamons une loi pour l’euthanasie »

Figaro-Vox – 23 novembre 2018

Trente-six médecins, membres du « Choix citoyens pour une mort choisie », répondent à un appel de confrères à ne pas céder sur l’interdiction de l’euthanasie. Ils plaident pour une nouvelle loi qui reconnaisse à chacun le droit de décider du moment de sa mort.


L’association «Choix citoyens pour une mort choisie» a pour but la légalisation du suicide assisté en France.

 

La responsabilité de décider de la vie et de la mort d’un patient ne nous revient pas. Nous, médecins, pensons qu’un être humain doit avoir le droit de décider du moment de sa mort et de la manière d’y parvenir lorsqu’une maladie grave et incurable lui retire toute qualité de vie et lui fait subir d’intolérables souffrances.

Or, dans une tribune récente, un groupe de nos confrères refuse ce droit aux malades, en les qualifiant de «personnes vulnérables» qu’il convient de protéger comme des enfants mineurs. Même si, heureusement, les droits des malades ont progressé au fil du temps, il reste encore un cap à franchir, qui est de reconnaître la liberté de chacun de choisir sa fin de vie.

Le refus d’accorder cette liberté à une personne majeure et capable, revient à laisser ce droit aux médecins.

Le refus d’accorder cette liberté à une personne majeure et capable, revient à laisser ce droit aux médecins. En vertu de la loi actuelle, ce sont eux qui décident de placer le malade sous sédation profonde et continue et d’arrêter l’alimentation et l’hydratation, jusqu’à ce que mort s’ensuive.

Pour tenter de justifier leur position, les signataires de cette tribune évoquent des arguments qui ne tiennent pas face à la réalité telle qu’elle est vécue par les malades.

Ils prennent pour acquis que l’être humain n’envisage une aide active à mourir que lorsqu’il est en bonne santé, ou, s’il est déjà malade, que cette demande est faite sans qu’il y ait vraiment réflexion, dans la légèreté, comme s’il s’agissait simplement de partir en voyage. Ils ne semblent pas pouvoir accepter que, lorsqu’un malade demande à mourir, après que tous les soins disponibles lui ont été prodigués, c’est qu’il n’y a plus, à ses yeux, d’alternative.

Nos collègues ont raison lorsqu’ils disent que l’être humain veut vivre, il est prêt à négocier avec la maladie pour rester parmi les siens un peu plus longtemps. Mais n’oublions pas le corollaire de cette affirmation qui est que lorsque la personne malade dit «je veux mourir, aidez-moi à en finir», c’est qu’il n’en peut plus des souffrances physiques et psychologiques provoquées par sa maladie.

Dans le cas où la mort intervient sans qu’on la provoque, celle-ci peut survenir à tout moment.

Nous sommes surpris que ce groupe de médecins ne puisse envisager que, lorsque la mort est programmée, comme c’est le cas en Belgique lorsqu’une euthanasie doit être pratiquée, tout ce qu’ils décrivent des derniers moments de la vie, les «belles choses» dont, selon eux, le malade et ses proches seraient privés lors d’une euthanasie, existent et sont vécues de façon encore plus intense et sereine, car chacun connaît le moment où la vie se terminera et a pu s’y préparer.

Dans le cas où la mort intervient sans qu’on la provoque, celle-ci peut survenir à tout moment. Quel médecin n’a pas tenté, sans succès, de consoler des proches submergés par la tristesse et la culpabilité de ne pas avoir été présents lorsque ce moment est arrivé.

La loi, telle que nous la souhaitons, devra, à l’exemple de la loi belge, prévoir plusieurs étapes incontournables pour que les médecins s’assurent que c’est bien la volonté du malade, qu’il est bien atteint d’une maladie grave et incurable dont il mourra à plus ou moins brève échéance, qu’il n’est pas dépressif, atteint de troubles psychologiques ou psychiatriques, qu’on lui a bien expliqué quels sont les traitements encore possibles et quels avantages il pourrait en tirer et, finalement, qu’il n’est pas l’objet de pressions extérieures. La question lui sera posée plusieurs fois, pour s’assurer qu’il n’a pas changé d’avis. S’il ne peut plus exprimer sa volonté de vive voix, sa personne de confiance le fera en son nom, en s’appuyant sur ses directives anticipées.

Si, à l’issue de cette procédure, le malade, ou sa personne de confiance, continue de demander l’aide à mourir, nous n’aurons pas à mettre en doute sa volonté car c’est lui qui souffre et qui est arrivé à la difficile décision de ne pas prolonger sa vie. Comme vous l’écrivez, nous devons faire preuve de compréhension à son égard et cela signifie que nous devons respecter son choix.

Ces médecins évoquent, comme nous l’avons souvent entendu, le risque de dérives. Nous leur répondons que c’est l’absence de loi qui pose des risques importants. Qu’au contraire, la loi, lorsqu’elle est bien rédigée et actée, empêche ces dérives car elle fixe le cadre précis de son application.

Prétendre que l’expression de la volonté de mourir serait symboliquement un ultime appel envers la solidarité humaine plutôt qu’un souhait de voir provoquer la mort, revient à se placer au-dessus de ceux qui vivent ces moments et à les traiter comme s’ils étaient des êtres inférieurs. Il s’agit d’une «vue de l’esprit» qui n’a rien à voir avec cette souffrance bien réelle, cette totale absence de qualité de vie, ces heures, journées, mois interminables passés dans un lit à attendre que tout cela s’arrête.

Les malades demanderaient à mourir sous la pression de leur entourage familial. Dans l’éventualité où une loi serait votée, celle-ci prévoirait que les médecins et psychologues s’assurent de l’absence de toute pression, avant de donner leur accord pour une aide active à mourir.

Le temps éprouvant de l’agonie ne serait plus d’actualité car il est maintenant accompagné médicalement. Cela est vrai dans un grand nombre de cas, mais il y a d’autres cas, encore trop nombreux, de personnes qui sont atteintes, notamment, de maladies neurodégénératives et qui ne peuvent pas être placées sous sédation profonde et continue, avec des traitements analgésiques. Que faire de tous ces gens qu’on ne peut pas, qu’on ne sait pas, soulager? Les abandonner à leurs souffrances?

La loi peut empêcher des dérives.

L’opposition entre soins palliatifs et aide active à mourir est une pure création des opposants à l’aide active à mourir. Au contraire, ces deux approches de la fin de vie sont essentielles et se complètent. Il est évident que les soins palliatifs doivent être accessibles à tous nos compatriotes, quel que soit l’endroit où ils vivent. Les soins palliatifs et l’aide active à mourir devraient être deux options de fin de vie accessibles dans une même structure de soins, selon le choix du patient.

Si ces médecins opposés à l’euthanasie sont de bonne foi, ce dont nous ne doutons pas, nous sommes certains qu’ils reconnaîtront qu’il y a trop de personnes malades qui, malgré les soins palliatifs, ne peuvent pas terminer leur vie paisiblement et sans souffrances.

Pour eux, il faut que nous fassions en sorte qu’ils puissent choisir le moment de leur mort, dans les limites d’une loi encadrant précisément le processus, sans tomber dans d’éventuels excès.

Nous, médecins, ne pouvons pas continuer de vivre cette hypocrisie qui consiste à faire comme si nous ne donnions pas la mort tout en la donnant, soit par la sédation profonde et continue et l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation, ou dans le secret, en outrepassant ce qu’autorise la loi Claeys-Leonetti.

Nous demandons qu’une loi autorisant l’euthanasie et l’aide au suicide soit votée avant la fin de ce quinquennat.

Médecins signataires:

Roland ALIMI

Jean François BERTHOLON

Geneviève BEUROIS

Jean Claude BOURRIN

Agnès BRYN

Christine CHARLES

Ana Maria CHOUILLET

Martine DANAUX

Patricia ERBIBOU

Jean Claude GRÉGOIRE

Pascale HOMEYER

Alain HUVENNE

Michèle JAGOT

Christian JEANDARD

Arnaud i Figueiras JOSEP

Eliane KATZ

Olivier LAMBLIN

Christian LEPEZ

René MASSEYEFF

Guy METEREAU

René METTEY

Viviane MEYLON DEFRANCE

Jean louis MILLOT

Christian NEGRE

Anne Marie OUDRER

Pierre PAULET

Hervé RAVARY

Pascal RENE

Annie ROBERT

Bernard SENET

François SCHEIDT

Sophie TALEGHANI

Jocelyne VIATEAU

Anne Marie VIDONNE

Martin WINCKLER

WISER Jean

La ballade des nonagénaires

Nonante ans est un bel âge

Disent tous ceux qui en sont loin

Dix ans de plus sur ce chemin

Et on devient un hommage À la « Vie » divinisée

Honorée, manipulée 

 

Ceux qui ont la chance insigne À ce grand âge d’arriver

On les trouverait indignes

D ‘oser un tel destin bouder

Les bien-pensants et les clergés

 Les condamneraient sans pitié

  

De se plaindre ils ont pourtant droit

Car ils n’ont pas la vie facile

Tout est trop haut, trop loin, trop bas

Et s’il leur arrive de se pencher

Ils sentent que tout vacille

De gauche à droite, de tête aux pieds

  

De s’accroupir s’ils ont l’audace

Ils sont inquiets pour le lever

Pourront-ils un appui trouver

Et sauveront-ils la face

Pour éviter d’importuner

Les indifférents qui passent

   

S’ils aiment lire les yeux trahissent

S’ils aiment chanter la voix s’en va

S’ils aiment écrire les mains faiblissent

Alors il faut bien qu’on pardonne

Aux fatigués qui abandonnent

Leur épuisant et vain combat       

 

Pour qu’ils puissent persévérer

Il faut l’amour et l’amitié

Bien entourés, gâtés, choyés

Et parfois même caressés

Ils pourraient les tourments supporter

Et jusqu’au terme les surmonter

 

Mais comme l’a si bien écrit

Dans ses Maximes certain marquis

Un amour vrai est rareté

Et rare aussi est l’amitié

C’est donc aux aimants, aux amis

Que cette ballade je dédie

 Marc Englert (9 août 2014)

 

La ferme

 

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Vue par un enfant de dix ans..

Je suis chez Papi et Mamie pour les vacances, aujourd’hui nous allons à la ferme des Duboret pour acheter des œufs et du lait. Les vaches crient fort, ça fait peur, la dame m’explique que c’est pour donner leur lait et que j’en aurai un bol tout à l’heure. J’ai droit d’aller caresser les lapins, leur nez bouge, c’est rigolo et leur poil est tout doux. Je vais demander à Maman si j’aurai le droit d’en avoir un ? Deux chevaux arrivent, ils sont grands avec plein de poils sur les pattes et font un drôle de bruit avec leur bouche tout en tirant une charrette ! Papi et la dame rentrent dans la cuisine où des grosses bûches brûlent et pètent, ça chauffe, j’ai les joues toutes rouges. Mme Duboret me donne un bol de lait chaud avec un gros morceau de tarte aux prunes, miam que c’est bon. On repart et Papi me dit que ce soir j’aurai le droit de gober un œuf frais. Chouette, aux prochaines vacances je reviendrai. Ici c’est mieux que de faire les courses avec Maman à la supérette où ça sent la javel et la caissière donne même pas un bonbon !

 

Vue par une citadine…

Cette vaste ferme,  nichée  dans un creux de colline, m’invite à découvrir ceux qui y vivent, humains et animaux …

Dans la cour, je suis frappée par les bruits qui se rejoignent dans un concert discordant. Le caquètement des poules à la recherche d’un ver. Le bêlement des agneaux, dans la grange, ils attendent le retour de la prairie de leurs mères, la tétée approchant. Les vaches meuglent longuement, rappelant l’heure de la traite. Deux chiens au pelage hirsute quittent leur niche et aboient sur moi. Enfin, la fermière sort de l’appentis où elle vient de donner leur ration de luzerne aux lapins. Elle s’approche de moi, je peux sentir son odeur forte, mélange de lait caillé, d’herbe, de sueur et du sang qui goutte sur son tablier. Je crois entendre le couinement du lapin que l’on égorge. Avec elle, j’entre dans l’étable, pendant qu’elle installe les trayeuses, je caresse le mufle chaud et humide des vaches et leur pelage doux et rêche à la fois. Vite, je sors, écœurée par l’odeur forte d’urine et de bouse et m’assied sur une balle de foin. Un chat borgne est là, comme il est doux à caresser

Voici la réponse que LE CHOIX vient d’envoyer aux différentes associations de Soins Palliatifs qui ont cosigné le texte paru dans le journal Ouest-France.

Les phrases en gras dans cette réponse sont extraites du texte rédigé par les associations de S.P.

  1. Chacun doit vivre dans la dignité, jusqu’au bout de sa vie Toute personne, quels que soient sa situation et son état médical, est intrinsèquement digne. Considérer que l’on assure la dignité d’une personne en lui donnant la mort est une défaite de l’humanité.

Il n’y a pas de mort indigne. Ce qui importe c’est d’avoir le choix de sa mort.

  1. La loi doit protéger les plus fragiles

Nos choix personnels ont tous une portée collective, surtout quand ils requièrent l’assistance d’un tiers, comme dans le cas de l’euthanasie ou du suicide assisté. Se tenir face à la mort et vouloir la hâter est un exercice rare et solitaire revendiqué par quelques personnes déterminées mais qui pèserait sur tous les plus faibles : les personnes isolées, âgées ou d’origine étrangère, qui sont susceptibles d’être soumises à toutes sortes de pressions (familiale, sociale, voire même médicale). C’est particulièrement vrai dans notre société, qui valorise la performance et peut donner à une part notable de sa population le sentiment d’être un poids.

La loi belge votée il y a maintenant plus de 15 ans, fixe des balises très solides qui ne permettent aucune dérive.

C’est l’absence d’une loi précise qui laisse la place à des dérives. C’est par exemple le cas des médecins qui prennent la décision de mettre fin à la vie d’un patient sans même que celui-ci soit consulté ou que cette éventualité soit discutée avec les proches, lorsque le malade n’est plus en mesure de donner son avis.

Cela se produit plusieurs milliers de fois chaque année en France, faute de loi. Dans l’immense majorité des cas, les médecins font preuve d’une grande compassion mais il n’en reste pas moins qu’il y a deux conséquences possibles qui, à nos yeux, sont très graves.

La première est que le médecin ou un membre de l’équipe soignante, pour soulager le malade de ses souffrances, commet un acte criminel et s’expose à des poursuites, à la prison et à la perte de son droit d’exercer. La seconde est que ce silence autour de l’événement ne permet pas au malade et à ses proches de se préparer dans la sérénité.

  1. L’interdit de tuer structure notre civilisation

Légaliser l’euthanasie, c’est inscrire au cœur même de nos sociétés, la transgression de l’interdit de tuer.  Notre civilisation a progressé en faisant reculer les exceptions à l’interdit de tuer (vengeance, duels, peine de mort…). Légaliser l’euthanasie ou le suicide assisté serait une régression.

La loi protège les faibles, l’absence de loi laisse la porte ouverte à tous les risques.

Une loi existe en France, loi Claeys-Leonetti. Parce que mal rédigée – de manière volontaire ou non – elle est aussi une façon de tuer, de tuer dans le silence, de façon hypocrite et presque lâche. Lorsque un malade est placé sous sédation profonde et continue, ainsi que la loi le prévoit, les médecins qui l’autorisent et la famille qui en est informée savent bien que, par définition, le malade ne se réveillera pas jusqu’ à ce qu’il meure.

En clair, la loi permet d’endormir pour faire mourir. Évidemment, cela donne bonne conscience aux médecins qui n’ont pas eu à injecter une substance létale dans le bras du malade. Mais le résultat est exactement le même, à une chose près.

Aucun médecin ne peut affirmer que cette sédation, accompagnée de l’arrêt de l’alimentation et de l’hydratation, ne cause pas de souffrances physiques et psychiques chez le malade. J’ai pour ma part, assisté à deux reprises aux derniers moments de deux proches qui avaient été mis sous sédation profonde et continue. Dans les deux cas, leurs derniers mots – malgré la sédation – ont été « j’ai soif, j’ai soif, j’ai soif… ».

  1. Demander la mort n’est pas toujours vouloir mourir

Très peu de patients nous disent vouloir mourir et bien moins encore le redisent quand ils sont correctement soulagés et accompagnés. Beaucoup, en outre, veulent signifier bien autre chose que la volonté de mourir lorsque ils demandent la mort. Vouloir mourir signifie presque toujours ne pas vouloir vivre dans des conditions aussi difficiles. Et demander la mort parce qu’on souffre, est-ce vraiment un choix libre ? Les soins palliatifs permettent de restaurer la liberté du patient en fin de vie en prenant en charge sa douleur comme sa souffrance psychique. De façon ultime, la loi française permet au patient de demander l’arrêt des traitements de maintien en vie et que soit mise en place une sédation dite profonde et continue jusqu’au décès quand il est en fin de vie et qu’il juge ses souffrances insupportables.

Les soins palliatifs et l’aide active à mourir ne sont pas du tout en opposition car ils sont et devraient toujours être considérés comme complémentaires. Dans l’immense majorité des cas, des soins palliatifs de qualité et un soulagement efficace de la douleur suffisent à mener paisiblement le malade vers la mort.

Les êtres humains veulent vivre le plus longtemps possible, à condition qu’un minimum de qualité de vie leur soit assuré. Développons les soins palliatifs pour qu’ils soient de haut niveau et disponibles dans toute la France et nous aurons déjà franchi un très grand pas pour assurer la qualité de fin de vie des Français.

Malheureusement, même dans les cas où les soins palliatifs et le soulagement de la douleur sont de grande qualité (en Belgique et au Québec, notamment), il reste un faible pourcentage de malades qui ne sont pas soulagés de leurs souffrances et qui n’en peuvent plus, quoi que fassent les médecins et les soignants pour tenter de les soulager.

Il y a aussi toutes ces personnes qui souffrent de maladies neuro-dégénératives qui ne veulent pas aller jusqu’au bout de ce calvaire. Dans le cas de la maladie de Charcot, le malade, comme vous le savez, se retrouve emprisonné dans son corps, sans plus pouvoir bouger autre chose que ses yeux, sans plus pouvoir parler, à attendre la mort pendant des mois et même des années.

Avons-nous le droit de priver ces êtres humains du droit de dire « je suis arrivé au bout de ce que je peux supporter, je ne veux pas vivre l’humiliation qui résulte de ma maladie. Je ne supporte pas de ne plus pouvoir communiquer avec ceux que j’aime autrement qu’avec mes yeux. Je refuse d’être abandonné par mon corps, paralysé. Je refuse de devoir rester dans mon lit, sans pouvoir bouger, ne serait-ce que la main, 24 heures sur 24, les fesses couvertes d’escarres, avec une couche culotte pleine d’excréments qui sera changée par un proche ou une personne que je ne connais pas, ce que je ressens comme une intrusion insupportable dans mon intimité. Aidez-moi à mourir car je n’ai plus de vie. »

Avons-nous le droit de laisser ces 2 ou 3% des malades en fin de vie sur la touche parce qu’ils sont peu nombreux à ne pas être candidats aux soins palliatifs qui fonctionnent pour la majorité des malades ?

  1. La fin de vie reste la vie. Nul ne peut savoir ce que nos derniers jours nous réservent

Même dans ces moments difficiles, nous avons pu entendre des patients vivre des moments essentiels, jusqu’à découvrir pour certains que la bonté existe. D’ autres font des adieux inattendus à des proches. Accélérer la mort, ce peut être aussi nous priver de ces ultimes et imprévisibles moments d’humanité.

Les directives anticipées, que l’on rédige en général quand on est encore en relative bonne santé, peuvent être modifiées à tout moment. Personne n’est forcé de faire quoi que ce soit et pour l’immense majorité d’entre nous, il est possible d’aller jusqu’au bout et de mourir sans intervention médicale qui en accélérerait le processus. Mais nous n’avons pas le droit de laisser de côté ceux qui n’en peuvent plus et demandent à faire un autre choix.

Il ne faut pas non plus oublier que personne d’autre que les malades ne peut dire ce qu’ils ressentent face à leur maladie et leur fin de vie. C’est pourquoi nous n’avons pas le droit de décider à leur place le moment et la manière de leur mort lorsqu’ils arrivent à un moment où leurs souffrances sont devenues insupportables.

Une loi claire devrait permettre au malade qui aura opté pour une mort choisie de choisir le moment et le lieu où il fera ses adieux à ses proches, qui de leur côté auront eu le temps de s’y préparer. C’est l’absence de loi qui risque de nous priver de ces derniers moments.

  1. Dépénaliser l’euthanasie, ce serait obliger chaque famille et chaque patient à l’envisager

Voulons-nous vraiment, demain, face à une situation de souffrance, nous interroger sur l’opportunité d’en finir, pour nous ou pour nos proches ? Souhaitons-nous vraiment, face à un diagnostic, faire entrer la piqûre fatale dans le champ de nos questionnements – voire imaginer, lorsque nous sommes affaiblis, que nos proches se posent la question pour nous ?

Qu’y a-t-il de si terrible dans le fait de réfléchir à notre mort ? Dans notre société, nous avons oublié que la mort fait partie de la vie. Que tout être humain qui voit le jour va, un jour, mourir. Nous faisons comme si la mort n’existait pas et il est presque obscène d’en parler. Dans d’autres cultures et dans la nôtre, il n’y a pas si longtemps, la mort faisait partie de la vie et n’était pas un sujet tabou. Nous pensons qu’il est essentiel de lui redonner sa place dans nos vies. Nous devons envisager notre mort, et l’après aussi, pour ne pas laisser à nos proches ce fardeau qui ne viendrait que s’ajouter à leur tristesse.

Nos proches n’auront pas à se poser la question pour nous si nous avons rédigé nos directives anticipées et que nous les avons modifiées, si elles ne sont plus d’actualité. Ils n’auront pas non plus à se poser cette question si nous avons nommé notre personne de confiance car c’est elle seule qui parlera en notre nom si nous ne sommes plus en mesure de le faire.

N’oublions pas que de nombreux et graves conflits familiaux pourraient être évités si chacun de nous exprimait quand il est encore temps comment il souhaite « vivre sa fin de vie »…

  1. Les soignants sont là pour soigner, pas pour donner la mort

La vocation propre des soignants est d’apporter des soins. La relation de soin est une relation de confiance entre la personne malade et celle qui la soigne. Pour les soignants, donner la mort c’est bouleverser ce contrat de confiance et renverser le code de déontologie médicale. Les soignants que nous côtoyons refusent également les tentations de la toute-puissance, que ce soit par l’acharnement thérapeutique ou par l’euthanasie.

Les médecins et les soignants ne sont jamais tenus de pratiquer des actes qui sont contraires à leur éthique personnelle. C’est ainsi que les choses se passent dans tous les pays occidentaux où le droit à l’euthanasie ou au suicide médicalement assisté existe. La seule obligation du médecin qui ne veut pas pratiquer cet acte est de prendre contact avec un médecin qui lui, est d’accord pour le pratiquer. Cela signifie que les soignants, quand la loi sera votée, n’auront jamais à pratiquer l’euthanasie ou l’aide au suicide.

  1. L’euthanasie réclamée dans les sondages est une demande de bien-portants, elle occulte la parole des patients

Le débat public et les sondages diffusés mettent en avant une société qui serait « prête » à légaliser l’euthanasie. Pourtant, personne ne peut se projeter de façon réaliste dans sa fin de vie et affirmer savoir ce qu’il souhaiterait alors effectivement. Les seules personnes consultées sont des bien-portants alors que les seules personnes concernées sont les patients. La parole des patients en fin de vie est en réalité occultée.

Il est vrai qu’il est plus facile de dire que l’on veut une aide active à mourir quand on est bien portant. Mais c’est quand on est bien portant qu’il faut y réfléchir, qu’il faut essayer d’imaginer quelles sont les circonstances de notre fin de vie qui seraient supportables, et celles qui ne le seraient pas.

Nos directives anticipées peuvent être modifiées à tout moment, de vive voix ou par écrit, si nous changeons d’avis. La seule personne qui doive être prise en compte est le malade et c’est lui seul qui décide. Si le malade ne peut plus parler, il a confié ce mandat à sa personne de confiance qui peut s’appuyer sur les directives anticipées du malade pour dire ce qu’il veut.

Je vous invite à regarder le « Guide Pratique » que nous avons récemment créé sur le site de notre association, un guide qui est précisément destiné à toute personne qui veut réfléchir sereinement à sa fin de vie.

  1. Se tromper sur une demande d’euthanasie serait une erreur médicale sans retour

Les erreurs judiciaires dans les pays pratiquant la peine de mort font légitimement frémir. Mais aucun patient ne reviendra jamais non plus d’une euthanasie pour faire valoir une erreur de diagnostic, une ignorance des traitements existants ou une méconnaissance de la nature réelle de sa demande. Pouvons-nous seulement tolérer un tel risque ? Face à des situations par nature ambivalentes, quel risque acceptons-nous de courir : celui de vivre encore un peu quand on voulait mourir, ou celui de mourir alors que l’on voulait encore vivre ?

En vertu des lois qui existent ailleurs, toute demande d’aide active à mourir doit être évaluée par plusieurs médecins qui étudient le dossier du malade, le rencontrent, et voient si sa demande est légitime. La loi prévoit également que le malade doit être informé de toutes les possibilités de soins et de traitements possibles. Elle prévoit aussi une période de réflexion avant que la question ne lui soit posée à nouveau. S’il y a le moindre doute quant à l’état psychologique du malade, un spécialiste est amené à déterminer si le malade souffre de dépression. Dans ce cas, on soigne d’abord la dépression pour être bien certains que la personne veut mourir pour les bonnes raisons.

  1. Légaliser l’euthanasie ce serait la banaliser sans éviter les dérives

L’expérience démontre que la légalisation ne fait que repousser les limites des dérives vers des pratiques plus extrêmes. Une fois légalisée l’euthanasie des patients en fin de vie, on en vient à celle des mineurs, puis des personnes atteintes de troubles mentaux, ce qui est déjà envisagé en France par ses partisans, puis l’on passe outre les conditions fixées par la loi, et parfois même outre le consentement du patient. De plus, les dérives sont plus nombreuses encore dans les pays qui ont déjà légalisé l’euthanasie (ainsi les euthanasies clandestines sont-elles trois fois plus nombreuses en Belgique qu’en France).

Rien ne permet d’affirmer que la légalisation ne fait que repousser les limites des dérives vers des pratiques plus extrêmes. Plusieurs études montrent que c’est le contraire qui se produit. L’encadrement de la loi fait en sorte que ces dérives ne peuvent pas – ou plus – se produire.

Il est faux de dire que les euthanasies clandestines sont trois fois plus nombreuses en Belgique qu’en France.

L’euthanasie des mineurs, sous la responsabilité des parents, n’aurait rien de si terrible, si elle existait, car il arrive des accidents ou des maladies atroces qui laissent des enfants recroquevillés en position fœtale dans un lit d’hôpital pendant des années et des années, faute de loi pour les aider à mourir, et cela, même lorsqu’il n’y a aucun espoir qu’ils reviennent un jour à un état de conscience acceptable.

Ce n’est pas ce que demande notre association. Nous demandons que soient pris en charge les cas d’adultes en possession de leurs facultés mentales, ou qui l’étaient au moment où ils ont rédigé leurs directives anticipées et nommé leur personne de confiance.

Nous demandons que toute personne atteinte d’une maladie grave et incurable dont l’issue est fatale, et même si l’échéance de la maladie n’est pas encore connue, puisse faire la demande d’une aide active à mourir, soit par l’euthanasie ou le suicide médicalement assisté.

Nous demandons qu’après qu’un minimum de deux médecins aient été consultés pour déterminer la pertinence de cette demande et que, dans l’affirmative, la question soit posée à nouveau au malade pour s’assurer que sa demande ne varie pas, l’aide à mourir lui soit consentie.

 

  1. Les soins palliatifs doivent être apportés à tous

Les soins palliatifs doivent être accessibles partout et pour tous. Ce doit être un droit pour chaque patient. Actuellement, bien trop de patients n’ont pas accès aux soins palliatifs quand ils en auraient besoin. Cela doit changer. Appliquons la loi, toute la loi, rien que la loi ! La France a développé une voie spécifique qui sert de référence à d’autres pays, infiniment plus que les modèles belge ou hollandais parfois cités en exemple. La France doit former ses soignants et avoir l’ambition de donner accès aux soins palliatifs à tous.

Développer les soins palliatifs en France est une absolue nécessité. Nous voulons, comme vous, que la France devienne un modèle dans ce domaine de la santé. Mais comme nous l’avons écrit plus haut, cela ne résoudra pas tous les problèmes et nous n’avons pas le droit d’abandonner qui que ce soit au bord de la route.

  1. Les soins palliatifs sont incompatibles avec l’euthanasie et le suicide assisté

Ces deux approches obéissent à deux philosophies radicalement différentes. La légalisation de l’euthanasie et du suicide assisté repose sur l’exigence d’autonomie. Les soins palliatifs, eux, conjuguent l’éthique d’autonomie avec l’éthique de vulnérabilité et de solidarité collective. Les soins palliatifs préviennent et soulagent les souffrances alors que l’euthanasie vise à hâter la mort intentionnellement. Les soins palliatifs sont des traitements, l’euthanasie est un geste mortel.

Donner la mort, même par compassion, ne sera jamais un soin.

Les soins palliatifs et l’aide à mourir ne sont pas du tout incompatibles. Ils sont complémentaires.

Nous avons le devoir de laisser à chacun la liberté de choisir comment il souhaite vivre sa fin de vie, car c’est une simple question de respect.

Occupons-nous de nos malades en leur fournissant les meilleurs soins palliatifs qui soient et acceptons qu’il existe des cas où ces soins palliatifs n’ont plus l’effet de soulagement voulu.

Faisons-en sorte que la loi qui sera votée soit juste et raisonnable, de façon à ce que les médecins, le personnel soignant et les bénévoles qui accompagnent les malades puissent accepter sereinement que d’aider un malade à mourir est un acte de générosité et d’empathie, « le dernier soin » qu’on puisse lui apporter pour le soulager d’une souffrance devenue insupportable.

Si des convictions religieuses ne vous permettent pas d’accepter ce qui précède, nous les respectons, mais la France est un pays laïc et nous n’avons pas le droit de faire passer nos convictions éthiques ou religieuses avant le bien-être de nos compatriotes.

L’artiste …

Cette nonagénaire a encore belle allure dans son tailleur pantalon avec sa chevelure tirée en chignon banane. Grande et mince, elle claudique légèrement et s’appuie sur un parapluie aux couleurs vives, cet objet exprimant sa volonté de ne pas paraître diminuée…, une canne ? Elle jamais ! Son humour est léger, jamais déplacé, son phrasé d’ancienne sociétaire de la Comédie Française si particulier est sa signature.

Cette femme, longtemps célèbre, marche en déclamant mezzo voce Phèdre, Antigone ou Elmire suivant son humeur du jour ! Devant une glace, elle s’arrête, rejette ses épaules en arrière, un sourire illumine son visage fané. La comédienne est sur scène, elle voit et entend les spectateurs venus l’acclamer, sa main se lève, prête à les saluer, puis retombe vivement pensant « c’est fini Jacqueline, ce temps-là ne reviendra plus »

Elle se revoit provinciale rougissante au cours de Louis Jouvet, sa vie a commencé là. Sa personnalité s’est forgée par un travail acharné, la volonté de réussir quitte à ne rien avoir d’autre, la panique quand sa voix faiblissait, mais aussi les applaudissements, un nom qui commence à être connu, les soirs de couturière, cette répétition en costumes qui n’existe plus. La fierté, voir même l’orgueil, ressentis devant les fleurs, les critiques élogieuses, c’était sa drogue. Elle a été la plus grande, l’espace d’un instant, elle l’est encore quand l’une ou l’autre tête blanche ou chauve du quartier la salue par son nom de scène. Dans sa tête, elle sait qui elle est et restera : une artiste. Depuis 70 ans elle n’a jamais été autre chose ! Jacqueline repart, encore trente minutes de marche avant de rentrer. Plus volontaire que jamais, elle ignore la douleur dans sa jambe, le toc toc du parapluie sur les pavés rythme son chemin vers un appartement solitaire.

DESCARTES Lettre à Elisabeth de Bohême, le 1er Septembre 1645

 « … Il y a des maladies qui, ôtant le pouvoir de raisonner, ôtent aussi celui de jouir d’une satisfaction d’esprit raisonnable (…)
Nous ne pouvons répondre absolument de nous-même que pendant que nous sommes à nous et c’est moins de perdre la vie que de perdre l’usage de la raison. »
Cité par H. Perra-Ruiz  « Le roman du monde, légendes philosophiques »
Champs-essais Flammarion 2001

France, Réponse du Dr Bernard Senet au président du CCNE :

Le 26 septembre 2018

Monsieur le président du CCNE,

Il m’est difficile de penser que votre avis concernant la fin de vie soit le fruit réel de vos rencontres avec les personnes concernées. Plus de 85% des Français, depuis plus de 20 ans, se prononcent régulièrement en faveur d’une législation encadrant l’aide active à mourir. Vous dites que cela ne concerne qu’une « fraction » des patients, est-ce une raison pour leur refuser une possibilité maintenant offerte dans d’autres pays ? La Belgique ou le Québec ont-ils constaté une surmortalité suite à la légalisation de l’euthanasie ?

Si vous étiez médecin praticien de terrain, vous auriez à traiter au plus une à deux demandes d’interruption volontaire de la vie (IVV) par an. Et, comme de nombreux confrères, vous feriez ce geste que j’aime à qualifier de « dernier soin ». Bien entendu vous le feriez en cachette, le procureur pouvant vous poursuivre pour « crime avec préméditation », ce qui vous expédie devant les assises. Ou vous ne le faîtes pas, abandonnant un patient en souffrance, alors qu’il a souvent fait confiance au cours de sa maladie, aux médecins prescripteurs de traitements pas toujours confortables.

Si vous voulez que la loi « Claeys-Leonetti» soit appliquée, il faut l’élargir pour que les médecins puissent respecter la volonté des patients, du respect du non-acharnement à l’aide active à mourir, en passant par la sédation. Le flou entourant la sédation ne permet pas un contrat clair entre le médecin et le malade et fragilise une relation rendue délicate par l’approche de la mort.

Elle avait atteint ses 14 ans malgré un sarcome de la pire espèce qui l’avait attaquée à 12 ans. Elle avait, soutenue par ses parents, fait face aux chimios, aux radiothérapies, à la chirurgie invalidante, elle se savait condamnée ; elle a convaincu ses parents de la laisser partir encore « présentable » (c’était son mot) : Qu’auriez-vous fait ? Sédation, en la laissant s’éteindre pendant plusieurs jours devant les siens ? Ou aide active à partir, dignement et sereinement ?

Ils, elles, ne sont pas si nombreux, ces patients qui demandent et réitèrent leur volonté de mourir droits dans leurs bottes. Ils représentent 2% des décès dans les pays qui ont légalisé l’aide active à mourir et c’est pour eux qu’il faut une loi claire.

Notre devise nationale n’est pas respectée quand nous arrivons à nos derniers jours, et même bien avant. La liberté de disposer de notre corps nous est refusée, l’égalité entre ceux qui sont assez riches pour aller en Suisse ou assez proches de la Belgique, et les autres est discutable. Quant à la fraternité, elle existe mais elle est clandestine, ceux qui en bénéficient ont de la chance…

Ne pas légaliser c’est laisser aux médecins un pouvoir que beaucoup craignent d’assumer. Si cette notion de pouvoir peut contenter les présidents des diverses instances qui s’expriment sur le sujet, ce n’est pas le cas des praticiens de terrain, 66% d’entre eux souhaitent une loi.

Comme vous le dites, cela ne concerne qu’une fraction de nos concitoyens, alors qui bloque ? Avez-vous réellement peur des intégristes, à qui l’euthanasie n’est évidemment pas imposée, et qui vont crier fort ? Ou de voir disparaître un des piliers de « l’ordre médical », paternalisme mâtiné de secret ?

Dr Bernard SENET

Membre du Collège Décisionnel de l’Association Le Choix, Citoyens pour une mort choisie

Lettre ouverte à mes ami(e)s de France

Et six ans après, nous ne sommes nulle part …

En ce mois d’août 2012, la France a connu deux nouveaux drames de fin de vie. De tels évènements peuvent évidemment survenir dans tous les pays, signes d’une grande solitude, mais – à mes yeux – ils sont avant tout le reflet d’un terrible manque de dialogue ainsi que du manque d’une véritable législation dans notre pays.

Les choix de fin de vie, leur respect et l’éventuelle dépénalisation de l’euthanasie. C’est un long et difficile débat… et il me semble que la volonté d’arriver à une vraie solution n’existe pas encore vraiment dans l’hexagone.

En tout cas il est difficile pour les citoyens de continuer à dire « je ne savais pas ». Pour celles et ceux qui ne veulent pas approfondir, je pense que cela relève du fait qu’ils ne souhaitent pas se poser les vraies questions sur la fin de vie. Il y a des choix que l’être humain repousse le plus longtemps possible, celui de la mort n’est pas le moindre.
Si comme moi vous faites partie des gens qui savent, qui ont établi un dialogue avec leur médecin et ont exprimé un choix clair en remplissant des directives anticipées et que vous essayez d’informer votre entourage… Que faire de plus ? Vous battre pour qu’une législation telle (ou proche) que celle qui existe depuis dix ans en Belgique devienne enfin réalité en France !
Les années passent, nos vies respectives ont connu (et connaîtront encore certainement) des joies, des drames, des interrogations, mais nous sommes « enrichi(e)s » par notre expérience et par les décisions que nous avons prises. Cela me permet un quotidien plus serein et pour vous ?
N.A
12.8.2012

Le temps qui passe

Je ne sais plus ce que je fais, je ne sais pas pourquoi je regarde les gens autour de moi, ni qui ils sont. Je ne sais plus ce que je dis et ne sais où je vais…

Quand je savais tout cela, quand j’en étais encore capable, je n’ai jamais parlé à personne, ou rempli le moindre document, précisant que je ne voulais pas subir tout ce qui se passe maintenant ! J’avais le temps, il était toujours trop tôt pour y penser, je verrais plus tard. Toutes ces phrases qui nous font croire que nous sommes inoxydables, éternels…

Certainement ce que diraient nombre de personnes si elles en étaient encore capables. Dire, écrire pour établir ses volontés, en parler à son médecin, avoir l’appui de ses proches, ne vous empêchera pas de vivre, bien au contraire car vous serez plus sereins devant le temps qui passe.

Si j’avais su …

chute revisitée de la nouvelle de Maupassant “Les bijoux”

Quelle trahison …la pacotille de ma femme était du vrai. M. Lantin réfléchit., ainsi tout cela avait de la valeur et quelle valeur. Lui qui s’était moqué de sa femme à chaque fois qu’elle étalait son trésor de verroterie.

Après avoir vendu les bijoux, il passa signifier à son chef qu’il était riche et n’aurait plus besoin de travailler, il regretta de n’avoir pu dire cela des années auparavant, vu la tête d’imbécile qu’avait ce chef bien moins intelligent que lui mais mieux vu dans les hautes sphères grâce à la famille de sa femme, une femme grasse, laide et sotte à la voix pointue.

Les restaurants réputés devinrent sa cantine. Il joua un peu, fuma de gros cigares, et se prit un temps pour Brummell, mais il n’en avait pas la prestance.

Vite las, il voulut retrouver sa paisible vie du temps de Mme Lantin. Que faire ?

Son chef avait une fille montée en graine qui fréquentait l’église proche de son domicile. Il la courtisa un peu, fit sa demande au père trop heureux de se débarrasser de Julienne. La noce fut discrète, M. Lantin était veuf et la promise pas exigeante.

Trois mois plus tard, Monsieur Lantin n’avait plus rien, même sa montre en or était partie. La seconde Mme Lantin s’était enfuie, les poches bien remplies, direction Le Havre, en compagnie d’un jeune capitaine qu’elle aimait. Ils s’embarquèrent pour rejoindre Valparaiso. C’était l’hiver et l’Atlantique est traitre, leur bateau coula corps et âmes !

Lettre au Président de la République

A Monsieur Emmanuel Macron

                                                                                              Président de la République

                                                                                              Palais de l’Élysée

                                                                                              55, rue du Faubourg Saint-Honoré

                                                                                              75008 Paris

                                                                                              Le 7 août 2020

Monsieur le Président de la République,

Encore combien de drames, comme celui de Monsieur Alain Cocq, faudra t’il avant que la France « Pays des Lumières » ne soit dotée d’une loi humaine et respectueuse sur la fin de vie ?

Au fil des années, les citoyens sont de plus en plus nombreux à demander qu’une loi légalisant l’euthanasie et le suicide assisté soit votée dans notre pays. En effet, la loi actuelle, dite Claeys-Leonetti, est une loi hypocrite qui n’accorde que le « laisser mourir », une des raisons pour lesquelles elle est mal connue et peu appliquée.

Lorsque la loi sur l’IVG a été votée, toutes les femmes ne se sont pas précipitées pour avorter…mais elles en ont eu la possibilité. Si une loi semblable à celle existant dans les pays du Benelux (par exemple) était votée en France, il en serait de même, seules certaines personnes gravement malades, ou très âgées et souffrant de polipathologies invalidantes  en feraient la demande, ce dans le cadre d’une procédure stricte.

Enfin, les gens n’auraient plus à se pendre, à se laisser mourir de faim et de soif, ou – pour les plus chanceux – à s’expatrier en Suisse ou en Belgique pour y mourir en toute dignité. Oui, cette possibilité existe pour les plus nantis d’entre nous, mais c’est un système anti démocratique.

J’ose espérer Monsieur le Président que vous laisserez à vos concitoyens le souvenir d’un véritable homme d’État, celui qui leur aura donné une loi permettant de bien mourir.
J’ai 74 ans, ma santé est bonne actuellement, mais tout peut arriver et je me refuse à terminer ma vie en EHPAD, infantilisée et peut-être grabataire.

Ce débat sur la fin de vie dépasse le fait que l’on soit jeune ou vieux, riche ou pauvre, croyant ou pas. La dignité c’est avant tout le respect de nos volontés, il me semble que notre pays devrait pouvoir l’accorder à toutes et tous.

                                                                                                                                                                             ./.Un citoyen a le « droit » de vote, alors n’est-il pas temps qu’il ait enfin le « droit » de pouvoir bien mourir ? Pourquoi le gouvernement ne soutient-il pas les différentes propositions de loi présentées ces dernières années ?

Un abat-jour serait-il tombé sur le Pays des Lumières ?

Monsieur le Président, nous sommes des millions d’électeurs à penser comme moi et j’espère sincèrement que ma lettre ne sera pas seulement lue par votre chef de cabinet.

Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’expression de ma haute considération.

Nathalie Andrews

Lettre au Premier Ministre

Paris le 24 mai 2021

A monsieur Jean CASTEX
Premier Ministre de la République Française

Monsieur le Premier Ministre,

Le 17 mai 2021, 296 députés appartenant à des partis politiques allant de la droite à la gauche, vous ont demandé d’accepter que le parlement puisse continuer à débattre sur les autres articles du projet de loi n° 288 présenté par le député Olivier Falorni. L’article premier ouvrant le droit à une aide médicale à mourir pour les malades atteints de maladies graves et incurables, souffrant de douleurs inapaisables a été voté par une large majorité de députés présents (240 pour, 48 contre).

Une infime minorité a confisqué la poursuite du vote démocratique en déposant près de 4000 amendements. Qu’une telle proposition de loi suscite une vraie confrontation entre partisans et adversaires est la preuve d’une vie démocratique. Les lois précédentes portant sur ce sujet, votées à l’unanimité, car trop floues ou trop ambiguës, n’ont répondu aux attentes ni des citoyens ni des soignants. Dans le passé, aucune véritable loi sociétale n’a été votée sans débat parlementaire houleux et c’est l’honneur de la démocratie d’accepter la confrontation d’idées.

Les 296 parlementaires qui vous ont écrit, ces hommes et ces femmes qui sont nos élus, nos représentants, réclament la possibilité de poursuivre leur travail. Ne les décevez pas, ne nous décevez pas. Votre réponse estimant que ce n’est pas le moment n’est pas recevable. Depuis quarante ans, ce n’est jamais le moment de répondre à la très grande majorité des citoyens qui réclament une loi plus humaine permettant à chacun de choisir sa fin de vie.

Vous-même, monsieur le premier ministre, vous serez un jour immanquablement confronté à cette question existentielle et ce jour-là que choisirez-vous : la déshydratation lente de votre corps que préconise la loi actuelle et l’attente de souffrir de douleurs incontrôlables pour espérer une sédation « profonde et continue » qui prolongera votre agonie d’une durée inconnue, souvent longue et douloureuse pour vous et votre famille ? Ou, souhaiterez-vous avoir la liberté de choisir de partir rapidement et paisiblement ? Peut-être alors, comme tant d’autres, irez-vous chercher à l’étranger l’aide que notre pays nous refuse.

Sur ce sujet qui transcende les partis politiques, il n’est pas démocratique d’empêcher les élus du peuple de poursuivre leur travail. Pour nous, ce projet de loi n’est pas parfait, encore trop restrictif, soumis à trop de contrôles superfétatoires, mais il est un compromis. Alors, laissez les élus délibérer en conscience, sans obligation d’obéir à un ordre supérieur. Un seul homme, fut-il Président, ne peut décider du sort de la société.

En laissant voter cette loi réclamée par 90 % des français, qu’avez-vous à craindre ? Que les petits groupes sectaires qui s’opposent systématiquement à tout changement de société manifestent ? Cela est-il suffisant pour stopper le débat démocratique ?

En un temps où nos voisins européens ( Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Suisse, Espagne, Portugal, mais aussi Allemagne, Italie, Autriche…) évoluent sur cette question fondamentale, il serait surprenant que le gouvernement de la France, pays des droits de l’homme, refuse à nos élus le droit de s’exprimer.

Nous comptons sur vous, monsieur le Premier Ministre, pour inscrire très rapidement dans l’agenda parlementaire le temps nécessaire à la poursuite du débat sur la fin de vie. Votre gouvernement s’honorerait à laisser les élus voter une loi qui, a coup sûr, marquerait positivement le quinquennat présidentiel.

Veuillez accepter, Monsieur le Premier Ministre, nos très respectueuses salutations.

Les co-présidents de l’association Le CHOIX-Citoyens pour une mort choisie
Nathalie ANDREWS et Docteur Denis LABAYLE

Lettre à Jean Castex

Paris le 24 mai 2021

A monsieur Jean CASTEX
Premier Ministre de la République Française

Monsieur le Premier Ministre,

Le 17 mai 2021, 296 députés appartenant à des partis politiques allant de la droite à la gauche, vous ont demandé d’accepter que le parlement puisse continuer à débattre sur les autres articles du projet de loi n° 288 présenté par le député Olivier Falorni. L’article premier ouvrant le droit à une aide médicale à mourir pour les malades atteints de maladies graves et incurables, souffrant de douleurs inapaisables a été voté par une large majorité de députés présents (240 pour, 48 contre).

Une infime minorité a confisqué la poursuite du vote démocratique en déposant près de 4000 amendements. Qu’une telle proposition de loi suscite une vraie confrontation entre partisans et adversaires est la preuve d’une vie démocratique. Les lois précédentes portant sur ce sujet, votées à l’unanimité, car trop floues ou trop ambiguës, n’ont répondu aux attentes ni des citoyens ni des soignants. Dans le passé, aucune véritable loi sociétale n’a été votée sans débat parlementaire houleux et c’est l’honneur de la démocratie d’accepter la confrontation d’idées.

Les 296 parlementaires qui vous ont écrit, ces hommes et ces femmes qui sont nos élus, nos représentants, réclament la possibilité de poursuivre leur travail. Ne les décevez pas, ne nous décevez pas. Votre réponse estimant que ce n’est pas le moment n’est pas recevable. Depuis quarante ans, ce n’est jamais le moment de répondre à la très grande majorité des citoyens qui réclament une loi plus humaine permettant à chacun de choisir sa fin de vie.

Vous-même, monsieur le premier ministre, vous serez un jour immanquablement confronté à cette question existentielle et ce jour-là que choisirez-vous : la déshydratation lente de votre corps que préconise la loi actuelle et l’attente de souffrir de douleurs incontrôlables pour espérer une sédation « profonde et continue » qui prolongera votre agonie d’une durée inconnue, souvent longue et douloureuse pour vous et votre famille ? Ou, souhaiterez-vous avoir la liberté de choisir de partir rapidement et paisiblement ? Peut-être alors, comme tant d’autres, irez-vous chercher à l’étranger l’aide que notre pays nous refuse.

Sur ce sujet qui transcende les partis politiques, il n’est pas démocratique d’empêcher les élus du peuple de poursuivre leur travail. Pour nous, ce projet de loi n’est pas parfait, encore trop restrictif, soumis à trop de contrôles superfétatoires, mais il est un compromis. Alors, laissez les élus délibérer en conscience, sans obligation d’obéir à un ordre supérieur. Un seul homme, fut-il Président, ne peut décider du sort de la société.

En laissant voter cette loi réclamée par 90 % des français, qu’avez-vous à craindre ? Que les petits groupes sectaires qui s’opposent systématiquement à tout changement de société manifestent ? Cela est-il suffisant pour stopper le débat démocratique ?

En un temps où nos voisins européens ( Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Suisse, Espagne, Portugal, mais aussi Allemagne, Italie, Autriche…) évoluent sur cette question fondamentale, il serait surprenant que le gouvernement de la France, pays des droits de l’homme, refuse à nos élus le droit de s’exprimer.

Nous comptons sur vous, monsieur le Premier Ministre, pour inscrire très rapidement dans l’agenda parlementaire le temps nécessaire à la poursuite du débat sur la fin de vie. Votre gouvernement s’honorerait à laisser les élus voter une loi qui, a coup sûr, marquerait positivement le quinquennat présidentiel.

Veuillez accepter, Monsieur le Premier Ministre, nos très respectueuses salutations.

Les co-présidents de l’association Le CHOIX-Citoyens pour une mort choisie
Nathalie ANDREWS et Docteur Denis LABAYLE

Lettre du Choix envoyée à Jean Castex

Paris le 24 mai 2021

A Monsieur Jean CASTEX
Premier Ministre de la République Française

Monsieur le Premier Ministre,

Le 17 mai 2021, 296 députés appartenant à des partis politiques allant de la droite à la gauche, vous ont demandé d’accepter que le parlement puisse continuer à débattre sur les autres articles du projet de loi n° 288 présenté par le député Olivier Falorni. L’article premier ouvrant le droit à une aide médicale à mourir pour les malades atteints de maladies graves et incurables, souffrant de douleurs inapaisables a été voté par une large majorité de députés présents (240 pour, 48 contre).

Une infime minorité a confisqué la poursuite du vote démocratique en déposant près de 4000 amendements. Qu’une telle proposition de loi suscite une vraie confrontation entre partisans et adversaires est la preuve d’une vie démocratique. Les lois précédentes portant sur ce sujet, votées à l’unanimité, car trop floues ou trop ambiguës, n’ont répondu aux attentes ni des citoyens ni des soignants. Dans le passé, aucune véritable loi sociétale n’a été votée sans débat parlementaire houleux et c’est l’honneur de la démocratie d’accepter la confrontation d’idées.

Les 296 parlementaires qui vous ont écrit, ces hommes et ces femmes qui sont nos élus, nos représentants, réclament la possibilité de poursuivre leur travail. Ne les décevez pas, ne nous décevez pas. Votre réponse estimant que ce n’est pas le moment n’est pas recevable. Depuis quarante ans, ce n’est jamais le moment de répondre à la très grande majorité des citoyens qui réclament une loi plus humaine permettant à chacun de choisir sa fin de vie.

Vous-même, monsieur le premier ministre, vous serez un jour immanquablement confronté à cette question existentielle et ce jour-là que choisirez-vous : la déshydratation lente de votre corps que préconise la loi actuelle et l’attente de souffrir de douleurs incontrôlables pour espérer une sédation « profonde et continue » qui prolongera votre agonie d’une durée inconnue, souvent longue et douloureuse pour vous et votre famille ? Ou, souhaiterez-vous avoir la liberté de choisir de partir rapidement et paisiblement ? Peut-être alors, comme tant d’autres, irez-vous chercher à l’étranger l’aide que notre pays nous refuse.

Sur ce sujet qui transcende les partis politiques, il n’est pas démocratique d’empêcher les élus du peuple de poursuivre leur travail. Pour nous, ce projet de loi n’est pas parfait, encore trop restrictif, soumis à trop de contrôles superfétatoires, mais il est un compromis. Alors, laissez les élus délibérer en conscience, sans obligation d’obéir à un ordre supérieur. Un seul homme, fut-il Président, ne peut décider du sort de la société.

En laissant voter cette loi réclamée par 90 % des français, qu’avez-vous à craindre ? Que les petits groupes sectaires qui s’opposent systématiquement à tout changement de société manifestent ? Cela est-il suffisant pour stopper le débat démocratique ?

En un temps où nos voisins européens ( Pays-Bas, Belgique, Luxembourg, Suisse, Espagne, Portugal, mais aussi Allemagne, Italie, Autriche…) évoluent sur cette question fondamentale, il serait surprenant que le gouvernement de la France, pays des droits de l’homme, refuse à nos élus le droit de s’exprimer.

Nous comptons sur vous, monsieur le Premier Ministre, pour inscrire très rapidement dans l’agenda parlementaire le temps nécessaire à la poursuite du débat sur la fin de vie. Votre gouvernement s’honorerait à laisser les élus voter une loi qui, a coup sûr, marquerait positivement le quinquennat présidentiel.

Veuillez accepter, Monsieur le Premier Ministre, nos très respectueuses salutations.

Les coprésidents de l’association Le CHOIX-Citoyens pour une mort choisie
Nathalie ANDREWS et Docteur Denis LABAYLE

Lettre à Emmanuel Macron…restée sans réponse en 2021

Le 7 août 2020 Monsieur le Président de la République, Encore combien de drames, comme celui de Monsieur Alain Cocq, faudra t’il avant que la France « Pays des Lumières » ne soit dotée d’une loi humaine et respectueuse sur la fin de vie ? Au fil des années, les citoyens sont de plus en plus nombreux à demander qu’une loi légalisant l’euthanasie et le suicide assisté soit votée dans notre pays. En effet, la loi actuelle, dite Claeys-Leonetti, est une loi hypocrite qui n’accorde que le « laisser mourir », une des raisons pour lesquelles elle est mal connue et peu appliquée. Lorsque la loi sur l’IVG a été votée, toutes les femmes ne se sont pas précipitées pour avorter…mais elles en ont eu la possibilité. Si une loi semblable à celle existant dans les pays du Benelux (par exemple) était votée en France, il en serait de même, seules certaines personnes gravement malades, ou très âgées et souffrant de polipathologies invalidantes  en feraient la demande, ce dans le cadre d’une procédure stricte. Enfin, les gens n’auraient plus à se pendre, à se laisser mourir de faim et de soif, ou – pour les plus chanceux – à s’expatrier en Suisse ou en Belgique pour y mourir en toute dignité. Oui, cette possibilité existe pour les plus nantis d’entre nous, mais c’est un système anti démocratique. J’ose espérer Monsieur le Président que vous laisserez à vos concitoyens le souvenir d’un véritable homme d’État, celui qui leur aura donné une loi permettant de bien mourir. J’ai 74 ans, ma santé est bonne actuellement, mais tout peut arriver et je me refuse à terminer ma vie en EHPAD, infantilisée et peut-être grabataire. Ce débat sur la fin de vie dépasse le fait que l’on soit jeune ou vieux, riche ou pauvre, croyant ou pas. La dignité c’est avant tout le respect de nos volontés, il me semble que notre pays devrait pouvoir l’accorder à toutes et tous. Un citoyen a le « droit » de vote, alors n’est-il pas temps qu’il ait enfin le « droit » de pouvoir bien mourir ? Pourquoi le gouvernement ne soutient-il pas les différentes propositions de loi présentées ces dernières années ? Un abat-jour serait-il tombé sur le Pays des Lumières ? Monsieur le Président, nous sommes des millions d’électeurs à penser comme moi et j’espère sincèrement que ma lettre ne sera pas seulement lue par votre chef de cabinet. Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’expression de ma haute considération. Nathalie Andrews

Nathalie Andrews lettre à Emmanuel Macron. En juin 2021, ce courrier est toujours sans réponse

Le 7 août 2020 Monsieur le Président de la République, Encore combien de drames, comme celui de Monsieur Alain Cocq, faudra t’il avant que la France « Pays des Lumières » ne soit dotée d’une loi humaine et respectueuse sur la fin de vie ? Au fil des années, les citoyens sont de plus en plus nombreux à demander qu’une loi légalisant l’euthanasie et le suicide assisté soit votée dans notre pays. En effet, la loi actuelle, dite Claeys-Leonetti, est une loi hypocrite qui n’accorde que le « laisser mourir », une des raisons pour lesquelles elle est mal connue et peu appliquée. Lorsque la loi sur l’IVG a été votée, toutes les femmes ne se sont pas précipitées pour avorter…mais elles en ont eu la possibilité. Si une loi semblable à celle existant dans les pays du Benelux (par exemple) était votée en France, il en serait de même, seules certaines personnes gravement malades, ou très âgées et souffrant de polipathologies invalidantes  en feraient la demande, ce dans le cadre d’une procédure stricte. Enfin, les gens n’auraient plus à se pendre, à se laisser mourir de faim et de soif, ou – pour les plus chanceux – à s’expatrier en Suisse ou en Belgique pour y mourir en toute dignité. Oui, cette possibilité existe pour les plus nantis d’entre nous, mais c’est un système anti démocratique. J’ose espérer Monsieur le Président que vous laisserez à vos concitoyens le souvenir d’un véritable homme d’État, celui qui leur aura donné une loi permettant de bien mourir. J’ai 74 ans, ma santé est bonne actuellement, mais tout peut arriver et je me refuse à terminer ma vie en EHPAD, infantilisée et peut-être grabataire. Ce débat sur la fin de vie dépasse le fait que l’on soit jeune ou vieux, riche ou pauvre, croyant ou pas. La dignité c’est avant tout le respect de nos volontés, il me semble que notre pays devrait pouvoir l’accorder à toutes et tous. Un citoyen a le « droit » de vote, alors, n’est-il pas temps qu’il ait enfin le « droit » de pouvoir bien mourir ? Pourquoi le gouvernement ne soutient-il pas les différentes propositions de loi présentées ces dernières années ? Un abat-jour serait-il tombé sur le Pays des Lumières ? Monsieur le Président, nous sommes des millions d’électeurs à penser comme moi et j’espère sincèrement que ma lettre ne sera pas seulement lue par votre chef de cabinet. Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’expression de ma haute considération.